DESREY, Pierre

 

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DESREY, Pierre

Le premier [second, tiers, quart & v] volume des exposicions, des Epistres & Evangilles de Karesme. Cum privillegio regis

Paris, Antoine Vérard, 26 avril 1511 ; 28 septembre 1511 ; 7 mai 1512 ; 8 août 1512 (mais probablement imprimés plus tard)

RELIURE RÉALISÉE PAR UN ATELIER PARISIEN QUI TRAVAILLA POUR JEAN GROLIER.

EXEMPLAIRE DE SIMON TESTE, GRAND COMMIS DE L’ÉTAT, CONSEILLER DE LOUIS XII ET FRANCOIS Ier, PUIS DE LORD VERNON ET DE JOHN ROLAND ABBEY.

BEL OUVRAGE ILLUSTRÉ SORTANT DES PRESSES D'ANTOINE VÉRARD. OUVRAGE RAREMENT COMPLET DES CINQ PARTIES

5 parties en 2 volumes petit in-folio (262 x 187 mm). Caractères gothiques, 42 lignes. Texte en français

COLLATION : 4 ff.n.ch. et 204 ff. (mal ch. 206) pour la première partie ; 2 ff.n.ch., ff. 207 à 355 et 1 f. blanc pour la deuxième partie (fin du tome I) ; 4 ff.n.ch. et 268 ff.ch. pour la troisième partie ; 4 ff.n.ch. et 150 ff.ch. pour la quatrième partie ; 4 ff.n.ch. et 133 ff.ch. et 1 f.n.ch. pour la cinquième et dernière partie
ILLUSTRATION : les deux volumes renferment 223 figures - 73 pour le premier, 150 pour le second -, dont 5 à pleine page (tome I) et 3 à deux tiers de page (tome II). Les cinq grands bois, copies françaises de la rare Passio Christi de Urs Graf imprimée à Strasbourg en 1506 – Christ en chaire, Crucifixion, Marie-Madeleine lavant les pieds du Christ, Entrée à Jérusalem, Passage de la Mer Rouge –, sont inconnus de Brun et de Claudin. Les trois autres grandes figures montrent une allégorie trinitaire, un théologien à son scriptorium et un Christ en majesté. Les 215 vignettes tirées dans le texte (quelques-unes sont répétées), de différents formats et facture, illustrent des épisodes des Évangiles, des paraboles christiques, des passages de l'Apocalypse, des vies de saints et martyrs, etc. On remarque notamment trois jolis bois tirés d'une série consacrée aux portraits des Apôtres. La plupart des figures de petit format proviennent du stock d'Antoine Vérard et ont été déjà employées dans des ouvrages tels que La Mer des histoires, L'Arbre des batailles, La Bible historiée et Le Chevalier délibéré.
Cinq grandes initiales ornées, dont quatre pourvues de figures grotesques, et de très nombreuses lettrines ornées sur fond noir complètent l'ornementation de l'ouvrage. La belle marque d'Antoine Vérard se trouve au verso du dernier feuillet du tome I

RELIURES DE L’ÉPOQUE. Maroquin noir, décor Renaissance du type rectangle-losange formé de filets dorés et à froid, fleurons aux angles, dos à nerfs, tranches dorées, étiquettes avec titre aux dos (apposées au XVIIIe siècle)
PROVENANCE : Hugot (?), signature contemporaine au tome II, sur le titre de la troisième partie (cette marque d'appartenance, absente sur les titres des autres parties, semble suggérer que les deux volumes ont été acquis séparément avant d'être réglés et reliés pour Simon Teste) -- Simon Teste (1482-v. 1543 ; ex-libris à l'encre en écriture de chancellerie : "Symon teste conseiller du Roy et correcteur auditeur en sa chambre des comptes") -- ex-libris manuscrit du XVIIe siècle au verso de la dernière garde du tome I : "Ce present livre appartient à Madame" -- Lord Vernon (ex-libris ; cat. 12 juin 1918, n° 486) -- John Roland Abbey (ex-libris ; cat. 22 juin 1965, n° 253)

Réfection marginale au feuillet f4 et auréole claire aux cahiers LL et MM du premier volume. Le verso (blanc) du dernier feuillet du deuxième volume est un peu Sali. Petits accrocs sans gravité dans les marges de quelques feuillets

Ce plenarium en français - compilation de lectures, prières et commentaires des Écritures suivant l'année liturgique - a été rédigé par le littérateur et traducteur Pierre Desray, né à Troyes, actif sous les règnes de Charles VIII et Louis XII (il était encore vivant en 1514). Les Exposicions sont une adaptation mise au goût du jour des célèbres Postillas super Epistolas et Evangelia quadragesimalia de Nicolas de Lyre (vers 1270-1340), théologien français dont l'influence s'étendra sur près de deux siècles, marquant au passage la pensée de Luther.

L'ouvrage fut imprimé une première fois par Guillaume Le Rouge pour Antoine Vérard sous le titre de Grandes postilles, en plusieurs tranches : le tome I, contenant la première et la seconde partie, sortit des presses le 26 avril 1511 ; les trois parties formant le tome II virent le jour le 28 septembre 1511, le 7 mai 1512 et le 8 août 1512. Cette deuxième édition, que Macfarlane a attribué aux héritiers d'Antoine Vérard, comporte un titre différent et présente une nouvelle ordonnance typographique, mais les dates au colophon sont restées inchangées et le matériel utilisé est toujours celui de Guillaume Le Rouge.

La collation est conforme à celle donnée par Macfarlane, Manceaux, Bechtel et les autres bibliographes, à ce détail près : personne, jusqu'en 2003, n'avait relevé l'erreur de foliotage qui a causé une lacune entre les ff. 34 et 37 de la première partie. Or, ces ff. 35 et 36 (prétendument signés f5-6) n'existent pas, f étant bien un cahier de quatre feuillets et non de six comme annoncé par Macfarlane (erreur répercutée dans toutes les bibliographies). Paul Needham a rectifié cette bévue dans le catalogue de la vente H.P. Kraus (Sotheby's New York, mardi 4 décembre 2003) où figurait, sous le n° 191, un exemplaire ne comportant que le premier volume de cette édition (parties I et II).
 
Le décor géométrique à entrelacs et le matériel utilisé sont caractéristiques de certaines reliures autrefois attribuées à Claude de Picques, l'un des relieurs attitrés de Grolier entre 1538 et 1548. Les deux types de fleurons répétés sur les plats se trouvent d'ailleurs réunis dans le décor de la reliure du Martial de 1517 ayant appartenu à Grolier et à Jacques-Auguste de Thou, attribuée à l'atelier de Claude de Picques par Howard M. Nixon et à celui de Jean Picard par Anthony Hobson, et conservée au British Museum (Le Roux de Lincy, 179 ; Austin, 332 ; Nixon, Grolier, 64 ; Hobson, Renaissance Book Collecting, p. 226, n° 332).

Est-ce à l'instigation de Jean Grolier qu'un autre grand commis de l'État, strictement contemporain du célèbre bibliophile, fit appel à cet atelier pour habiller les différentes parties du plenarium de Vérard, dont la réunion était déjà rare quelques années après sa publication ?

Les quatre contreplats portent en effet, sur trois lignes, cet ex-libris à l'encre en écriture de chancellerie : "Symon teste conseiller du Roy et correcteur auditeur en sa chambre des comptes". Il s'agit de Simon Teste (1482-v. 1543), correcteur et auditeur clerc à la Chambre des Comptes de 1507 à 1530 environ, échevin de Paris et conseiller du Roi à partir de 1530.

La famille de ce grand administrateur chargé des affaires de Louis XII et François Ier a donné plusieurs conseillers à la couronne. Les Teste, fort puissants, savaient aussi consolider leur position par les alliances : l'une des petites-nièces de Simon Teste, Charlotte, épousera en 1565 Jean Chevalier, seigneur des Vigneaux et conseiller au Parlement de Paris, un descendant du célèbre Étienne Chevalier (v. 1410-1474), grand commis de Charles VII et Louis XI, commanditaire de Jean Fouquet et exécuteur testamentaire d'Agnès Sorel.

Cet ouvrage est rare, surtout quand il est complet des cinq parties. Brigitte Moreau recense trois exemplaires du volume contenant les deux premières parties (Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts, Bibliothèque Mazarine et BM Carpentras, incomplet du premier titre), deux exemplaires de la troisième partie (BnF et Mazarine), et quatre exemplaires des deux dernières parties (BnF, Arsenal, Mazarine et Cambridge, incomplet). Soit un seul exemplaire complet : celui de la Bibliothèque Mazarine.

BKS : 5748

 

Plus d'informations : jean-baptiste@deproyart.com

 

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