GIDE, André

 

28 000 €

GIDE, André

Souvenirs de la Cour d'Assises

Paris, Nouvelle revue française, 6 janvier 1914 [achevé d’imprimer]

ÉDITION ORIGINALE

In-12 (187 x 120mm)
ENVOI autographe signé:

                                                  À Marcel Proust
                                                  en souvenir amical,
                                                  André Gide,
                                                  Florence mars 1914

RELIURE SIGNÉE DE R. TEULIÈRES. Dos à nerfs de chagrin vert, chiffre “M.P.” doré en queue du dos (pour “Marcel Proust” ou “Mante-Proust”, descendants de Robert Proust)

Pendant douze jours, du 13 au 25 mai 1912, André Gide est juré volontaire aux Assises de Rouen. Il voit défiler de nombreuses affaires parmi lesquelles cinq attentats à la pudeur, des petits voleurs, des meurtriers. Il prend des notes, à la manière de son Journal, et les met en forme en juillet 1913 : “je sais par expérience que c’est une autre chose d’écouter rendre la justice ou d’aider à la rendre soi-même. Quand on est parmi le public, on peut y croire encore. Assis sur le banc des jurés, on se redit la parole du Christ : “Ne jugez point”. Et certes, je ne me persuade point qu’une société puisse se passer de tribunaux et de juges ; mais à quel point la justice humaine est chose douteuse et précaire, c’est ce que, durant douze jours, j’ai pu sentir jusqu’à l’angoisse. C’est ce qui apparaîtra peut-être un peu dans mes notes”. Ces notes dénoncent les approximations des enquêtes et les préjugés des juges, mais ne manquent pas d’humour quand elles relèvent les fautes de langage des accusés ou les dialogues parfois comiques échangés dans la salle.

Les Souvenirs de la Cour d'Assises paraissent au début de l’année 1914, avec pour date d’achevé d’imprimer le 6 janvier 1914. C’est exactement l’époque de la parution de Du côté de chez Swann et du célèbre mea culpa de Gide (lettre datée du 11 janvier 1914) pour avoir comis “la plus grave erreur de la NRF”. Proust répondit courtoisement le lendemain ou le surlendemain : "sans le refus, sans les refus répétés de la NRF je n’aurais pas reçu votre lettre […]. Il n’est pas possible qu’ayant lu mon livre vous ne me connaissiez pas assez pour être certain que la joie de recevoir votre lettre passe infiniment celle que j’aurais eue à être publié par la NRF”.

Dès lors une correspondance, nourrie de la lecture mutuelle de leurs livres, s’installe entre les deux écrivains. Proust déclare à plusieurs reprises son admiration pour Les Caves du Vatican qui paraissent en prépublication de janvier à avril 1914. André Gide, depuis Florence, où il séjourne du 3 au 17 mars 1914, adresse à Proust cet exemplaire des Souvenirs de la Cour d’Assises. C’est le premier livre qu’il a publié en volume depuis sa lecture de Du côté de chez Swann. Les trois mois écoulés entre la parution des Souvenirs de la Cour d'Assises en janvier et leur envoi à Proust en mars ont créé, à travers des lettres, ce “Souvenir amical” évoqué dans l’envoi. Gide propose à Proust,  immédiatement après l’envoi du livre, de publier la suite de son roman à la NRF. Cet exemplaire couronne donc le processus de réhabilitation de Gide auprès de Proust commencé depuis le mois de janvier 1914. En quelques mois, à la suite d’André Gide, une accélération a lieu dans la reconnaissance de Proust par ses pairs.

L’exemplaire fut prêté lors de l’exposition Marcel Proust and his time, à Londres, en 1955 (n° 353)

BIBLIOGRAPHIE: Naville, Bibliographie des écrits d’André Gide, Paris, 1949, n° XLII, p. 50 -- Sous la direction de Pierre Assouline, Marcel Proust, André Gide. Autour de La Recherche, Paris, 1988 -- Frank Lestringant, André Gide l’inquiéteur, Paris, 2011

BKS : 6288

Plus d'informations : jean-baptiste@deproyart.com

 

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