GRASSET, Jean-Jacques

Six Duos concertans pour deux violons : Œuvre 2e

Paris, Imbault, 1789

EXEMPLAIRE DE DÉDICACE AVEC ENVOI PORTANT LA DOUBLE MARQUE DE PROVENANCE DE LA VICOMTESSE DE SÉGUR, NÉE PORTELANCE : SES ARMES AU CENTRE DES PLATS, ET UN LONG ENVOI AUTOGRAPHE DE L'AUTEUR.  

OEUVRE D'UN COMPOSITEUR DE VINGT ANS DÉDICACÉE A UNE JEUNE FEMME DU MÊME AGE, DANS LA TOURMENTE RÉVOLUTIONNAIRE.  

UN RARE ET PRÉCIEUX TÉMOIGNAGE SUR LA MUSIQUE D'AMATEUR AU XVIIIe SIÈCLE

ÉDITION ORIGINALE  

In-folio. Titre et partition entièrement gravés  
ENVOI autographe signé à l'encre brune : "Madame la vicomtesse, sous quels auspices plus heureux de votre goût pour les arts, les talents peuvent-ils se produire ? Les miens, faibles encore, se sentent animés à la protection que vous avez la bonté de leur donner, et m'enhardissent à vous offrir l'hommage de ce nouvel essay. Trop heureux s'il obtient votre suffrage : le mériter est toute mon ambition. Je suis avec respect Madame la vicomtesse, Votre très humble et très obéissant serviteur, Grasset"  
RELIURE DE L'ÉPOQUE. Maroquin rouge, armes au centre des plats, encadrement de filets dorés, fleurons dorés aux angles, dos orné, tranches dorées. Etiquette, sur le contre-plat : "A l'Enfant Jésus, rue Saint-Honoré etc."
PROVENANCE : Anne-Charlotte, vicomtesse Henry de Ségur, née Porte-Lance (1768-1860) (armes ; envoi)

Légère restauration des coins et de la coiffe supérieure

Jean-Jacques Grasset (1769-1839) fut violoniste et chef d’orchestre de l’Opéra italien de Paris. Elève de Berthaume, il fut tôt remarqué pour son style pur et doux. Obligé de servir les armées révolutionnaires, il mit sa carrière entre parenthèses tout en profitant de ces années de campagne pour découvrir la musique italienne. De retour à Paris, en 1800, il donna de nombreux concerts, et, en 1803, il succéda à Bruni pour diriger l’Opéra italien, place qu’il conserva pendant vingt-cinq ans. Il devint à la même époque le professeur de violon de la Reine Hortense. Toutes les administrations qui se succédèrent dans l’exploitation de l’Opéra italien le choisirent pour diriger l’orchestre, des règnes de Napoléon à celui de Louis-Philippe. Il avait pour particularité de toujours jouer les parties de violon solo dans les orchestres qu'il dirigeait. Il permit notamment au jeune Berlioz d’obtenir le Grand Prix de Rome, lors de la séance publique de l’Académie royale des Beaux-Arts du 30 octobre 1830, en acceptant de diriger l’une de ses partitions.

 

Ces Six Duos concertans pour deux violons furent écrits en 1789, quand Jean-Jacques Grasset avait vingt ans. Ils sont dédicacés à Anne-Charlotte de Porte-Lance (1768-1860), vicomtesse de Ségur, elle-même âgée d’une vingtaine d’années. Elle était mariée depuis 1786 au vicomte de Ségur-Montazeau (1756-1796). Celui-ci fut nommé capitaine au régiment d’Auxerrois en 1780, puis major du Régiment de Languedoc en 1788. Il émigra à Saint-Domingue où il mourut.  La fille de la comtesse de Ségur dresse un portrait de sa tante Anne-Charlotte de Porte-Lance, en révélant qu'elle servit de modèle à l'un des personnages d'un roman de sa mère :    "La vicomtesse Henri de Ségur, née Porte-Lance, était l’une de nos intimes. C’est elle que ma mère mit en scène dans son joli livre, Les Deux nigauds sous le nom de "Mme Bombeck". La passion de "Mme Bombeck" pour la musique est peinte d’après nature. Ma cousine avait onze violons, auxquels sa tendresse avait donné des noms. Elle les soignait comme la prunelle de ses yeux. Elle jouait faux avec délices, avec conviction. Chose étrange ! Cette femme, qui manquait totalement d’oreille en jouant, distinguait la moindre fausse note dans un orchestre et désignait le coupable sans hésiter. Les artistes, tout en riant de sa manie d’exécutante, l’avaient en grande estime et l’aimaient, car c’était une excellente personne, malgré son ton brusque et ses manières masculines. Elle avait été bizarrement élevée. Son père, riche créole, ami de d’Alembert et philosophe enragé, eût fort aimé avoir un fils. Il chérit cette enfant, mais il l’éleva en garçon pour se consoler et se faire illusion sur ce fils désiré. Il en résulta que la fillette fut habillée en homme, monta à cheval comme un cavalier, mania son fusil comme un habile chasseur et eut un langage d’une énergie toute militaire. (Olga de Simard de Pitray, Souvenirs intimes et familiers par sa fille, p. 85 et suiv.)  La Bibliothèque nationale de France conserve un exemplaire de cette œuvre (cote VM7- 950 : 1-2)

BIBLIOGRAPHIE : Olga de Simard de Pitray, Ma chère maman. Souvenirs intimes et familiers par sa fille. Bibliothèque électronique du Québec, p. 85 et suiv. -- Mirabeau, Les Contemporains de 1789 et 1790, ou les Opinions débattues pendant la première législature, Paris, Lejay, 1790 -- Pour la famille Ségur : Olivier-Hermal-de Roton, 91 et suiv.

BKS : 4762

 

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Exposition publique à la librairie sur rendez vous uniquement