GIOVIO, Paolo

 

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GIOVIO, Paolo

Elogia Virorum bellica virtute illustrium, Septem libris iam olim ab Authore comprehensa, Et nunc ex eiusdem MUSAEO ad vivum expressis Imaginibus exornata

Bâle, Pietro Perna (pour Heinrich Petri), 1er février 1575

LE CATALOGUE ILLUSTRÉ DE L’UN DES PREMIERS MUSÉES OUVERT AU PUBLIC : LA FAMEUSE GALERIE DE PORTRAITS DE PAOLO GIOVIO DANS SON PALAIS DE CÔME.

MAGNIFIQUE EXEMPLAIRE DONT LES ILLUSTRATIONS DE STYLE MANIÉRISTE ONT ÉTÉ, À L’ÉPOQUE, REHAUSSÉES D’UN BRILLANT COLORIS ET ENLUMINÉES.

EXEMPLAIRE CONSTITUÉ ET RELIÉ POUR JOHANN DE MANDERSCHEID-BLANKENHEIM, ÉVÊQUE DE STRASBOURG.

ANCIENNE BIBLIOTHÈQUE DES PRINCES DE HOHENZOLLERN, À SIGMARINGEN

PREMIÈRE ÉDITION ILLUSTRÉE. L’édition originale avait paru en 1551, à Florence. Elle était dédiée à Côme de Medici, et ne comprenait aucun portrait. Perna et Petri la réimprimèrent en 1561 et 1571, dans un petit format in-octavo. L’édition de 1575, celle-ci, est la première illustrée

In-folio (352 x 228mm)
COLLATION : [4] ff., 391 pp., [8] ff. (dernier blanc)

ILLUSTRATION ET ORNEMENTATION : titre dans un encadrement gravé sur bois, nombreuses initiales historiées, portrait et épitaphe de Giovio gravés sur bois à pleine page au début du livre, 129 PORTRAITS DESSINÉS ET GRAVÉS SUR BOIS PAR TOBIAS STIMMER, 10 encadrements laissés vides, LE TOUT REHAUSSÉ, À L'ÉPOQUE, D’UN SOMPTUEUX ET BRILLANT COLORIS PUIS ENLUMINÉ D'OR ET D'ARGENT

RELIURE DE L'ÉPOQUE. Veau rouge, grand décor de deux plaques, estampé et doré, dos à nerfs orné, tranches ciselées, dorées et gaufrées avec le titre à l’encre noire sur la tranche de gouttière, traces de lacets de soie verte. Boîte
PROVENANCE : 1. Johann de Manderscheid-Blankenheim (1538-1592), chanoine à la cathédrale de Cologne, évêque de Strasbourg (1569-1592 ; le verso du premier feuillet de garde présente un grand ex-libris à ses armes enluminé à pleine page) -- 2. Collège Jésuite de Molsheim (Saverne) avec inscription sur page de titre : Collegij societatis Jesu Molshemij, fondé en 1580 par Manderscheid, et dissout en 1765 -- 3. Prince de Hohenzollern (cachet sur le titre : Fürstlich Hohenzollernsche Hofbibliothek, Sigmaringen)

Argent des initiales souvent oxydé, petites tâches sur les pages 17-19 et 143, déchirure marginale réparée aux pages 65 et 355, quelques dessins au style primitif, en brun, ajoutés autour de l’ex-libris et au bas de la page de titre, la même main a indiqué un portrait dans un encadrement vide à la page 247. Anciens rubans de soie verte manquant, léger frottage, plats légèrement gonflés, dos restauré

L'humaniste italien Paolo Giovio (1483-1552), physicien, historien, biographe, et évêque de Nocera de’ Pagani, avait assemblé un musée de portraits dans sa ville natale de Côme. Il avait commencé cette collection dès 1512, peu de temps après son départ pour Rome. Cet ensemble, plus tard appelé Série Giovio, comprenait plus de quatre cents portraits, contemporains ou pas, souvent exécutés du vivant de leurs modèles ou faits d’après des versions aussi réalistes que possible. À défaut, ce qui arriva la plupart du temps, Giovio prenait modèle sur des médailles ou parfois sur des sculptures. Pour obtenir portraits, médailles ou bustes, il se comportait comme un véritable collectionneur, écrivant à de multiples correspondants à travers l’Europe ou le Moyen Orient. Son talent d’âpre négociateur était connu. On sait même qu’il eut plusieurs fois recours à la corruption pour parvenir à ses fins. Giovio composa par la suite de courtes biographies destinées à accompagner chaque portrait en vue d’une publication, sans doute sur le modèle de l’ouvrage d’Andrea Fulvio, Illustrium imagines (1517). Ces “Vies d’hommes illustres” dans leur version de Giovio furent donc publiées en deux temps, par deux ouvrages différents et non illustrés : un premier livre concerne les personnages de la littérature et les savants (1546), un second livre traite des grands militaires et des dirigeants (1551).

L’intention primitive de Giovio, celle d’ouvrir sa collection au public, est unique. Sa galerie devait servir de monument pictural dédié à l’élévation morale des visiteurs. Comme l’écrit son biographe, T. C. Price Zimmermann : "the idea of founding a portrait museum on the lake of Cuomo was his most original contribution to European civilization." Certes, cette idée était familière au néo-platonisme ambiant du XVIe siècle. En proposant une forme moderne au καλὸς κἀγαθός des Grecs, elle s’inspirait des modèles antiques, dans la lignée du De vera nobilitate, écrit vers 1440 par l’humaniste Poggio Bracciolini, dit le Pogge (1380-1459).

La construction du musée démarra donc en 1537. Elle fut achevée en 1543. Les portraits étaient organisés en quatre catégories : écrivains contemporains, écrivains morts, grands artistes et grand dignitaires. Les tableaux étaient ensuite classés chronologiquement selon les dates de mort ou de naissance des personnages. A cela s’ajoutaient les brèves biographies. On notera que le mot Musée figure en toute lettres sur la page de titre des deux livres non illustrés de 1546 et 1551 : Elogia veris clarorum virorum imaginibvs apposita, quae in Mvsaeo Ioviano Comi spectantur (1546), ou encore : Elogia virorum bellica virtute illustrium veris imaginibus supposita, quae apud Musaeum spectantur (1551). La collection originale de portraits ne survécut pas plus d’une génération à la mort de Giovio, en 1552. Côme de Medici eut le temps d’en faire réaliser des copies par Cristofano dell’Altissimo. Elles sont conservées aux Musée des Offices, à Florence. Deux autres ensembles de reproductions furent réalisés pour Ferdinand II, archiduc du Tyrol (maintenant au Kunsthistorisches Museum, à Vienne) et l’autre pour le Cardinal Federico Borromeo (à la Pinacoteca Ambrosiana).

Le présent ouvrage rassemble les figures militaires fameuses, virorum bellica virtute illustrium, soit environ cent quarante biographies. L’ère géographique s’étend de l'Écosse à l’Éthiopie, de la France à la Russie, en incluant plusieurs chefs ottomans et perses à côté des nombreux italiens. Parmi les biographies se côtoient celles d'Alexandre le Grand, Attila, Saladin, Tamburlaine, Gattamelata, Skanderbeg, Charles le Téméraire, Mahomet II, Federico da Montefeltro, Matthias Corvinus, le Roi de Hongrie, Christophe Colomb, Cesare Borgia, Giacomo Trivulzio, les Empereurs Maximilien et Charles V, Pandolfo Petrucci, Basil de Moscou, Jacques V d’Écosse, Henry VIII d'Angleterre, François Ier, Hernan Cortes, Sigismond de Pologne, Soleiman le Magnifique, Andrea Doria, et, bien entendu plusieurs membres notoires des familles Medici, Visconti et Sforza.

Pietro Perna, imprimeur à Bâle, envoya l'artiste Tobias Stimmer à Côme, au musée de Giovio, en 1569-1570, pour copier les portraits. Les dessins qu’il rapporta forment l'illustration de la présente édition de l'Elogia. Cette première édition illustrée connut un véritable succès. Elle fut réimprimée en 1596. Une édition allemande parut en 1582. Perna publia les gravures sur bois sans le texte de Giovio en 1577 (Musaei Ioviani imagines) et en utilisa quelques-unes pour d'autres oeuvres biographiques de Giovio. D'autres éditeurs ont composé de nouvelles anthologies de portraits selon ce modèle et ont même copié ces gravures sur bois.  

Tobias Stimmer (1539-1584) fut un artiste singulier de la Renaissance allemande, prolongeant le style de Hans Holbein le jeune. Fils de calligraphe, ayant quatre frères également artistes, il travailla en Suisse et dans le Haut-Rhin, à la fois à des peintures murales et à l’illustration de livres pour des éditeurs de Bâle et de Strasbourg. Le talent de Stimmer est très perceptible dans ces gravures sur bois ; il utilise des détails hachurés pour rendre le modelé des visages, mains et vêtements, et donne à chaque portrait une expression individuelle. Chaque portrait se trouve placé dans un encadrement composé de volutes, de figures allégoriques et d’animaux. Ce sont de beaux spécimens du premier maniérisme allemand influencé par l'École de Fontainebleau.

Le commanditaire de ce livre, Johann de Manderscheid-Blankenheim (1538-1592), fut un brillant prélat qui devint évêque de Strasbourg en 1569. Il fit frapper un kreuzer en 1577 avec les armoiries que l’on voit figurer sur le grand ex-libris enluminé du présent exemplaire. Sensible aux propositions du jésuite Franciscus Coster, Supérieur de la Province du Rhin, il transforma l’hôpital de Molsheim, situé à Saverne, lieu de sa résidence d’été, en université. À une certaine époque, ce livre fut sans doute transféré à la bibliothèque de l’université, comme le précise l’ex-libris manuscrit : Collegij societatis Jesu Molshemi. Seule université d’Alsace jusqu’en 1704, elle fut sécularisée en 1765. En 1763, le royaume de France, et donc l’Alsace, avait en effet ordonné l’expulsion des jésuites. Les livres de Molsheim furent probablement envoyés en territoire allemand, d’où leur présence à Baden Baden puis, en 1808, à Rastatt chez le Grand Duc de Bade (E. Dubowik-Belka, Inkunabeln der Historischen Bibliothek der Stadt Rastatt, Wiesbaden, 1999, p. 127). Sans doute est-ce à la suite du mariage en 1834 de Charles Antoine Prince de Hohenzollern-Sigmaringen (1811-1885) avec Joséphine de Bade (1813-1900), fille de Charles, Grand Duc de Bade, et de Stéphanie de Beauharnais, que ce livre quitta Rastatt, possession des Bade, pour entrer dans les collections des Hohenzollern-Sigmaringen, branche catholique de la famille régnante en Prusse.

De nombreuses initiales gravées sur bois complètent l’illustration de cette édition. Toutes les gravures de l’exemplaire sont rehaussées d’un très beau coloris d’époque. Les couleurs sont ensuite parfois enrichies d’or ou d’argent (notamment les armures), sans que les détails des gravures sur bois en pâtissent. Toutes les initiales sont également dorées (ou argentées suite à une oxydation), et les petites scènes ou figures sont aussi coloriées. Ce rehaut de couleurs, ces enluminures et la reliure richement ornée témoignent à la fois du goût luxueux du premier possesseur de cet exemplaire et du succès retentissant de l’un des premiers musées d’Europe.

BIBLIOGRAPHIE : VD16 G 2066 -- USTC 683306 -- Adams G 644 -- Leandro Perini, La vita e i tempi di Pietro Perna, Rome 2002, cat. no. 250 -- Linda Klinger, The Portrait Collection of Paolo Giovio, Ph.D. dissertation, Princeton University 1991 -- T.C. Price Zimmermann, Paolo Giovio: The Historian and the Crisis of Sixteenth Century Italy, Princeton, 1995

BKS : 5739

Plus d'informations : jean-baptiste@deproyart.com

 

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