CANETTI, Elias

 

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CANETTI, Elias

Die Blendung

Vienne, Herbert Reichner, 1936

INTRIGUANT ENVOI SUR L'UNE DES OEUVRES MAJEURES DE L'ENTRE-DEUX GUERRE

ÉDITION ORIGINALE

In-8 (206 x 129mm)
RELIURE DE L'ÉDITEUR. Toile crême, illustration d'Alfred Kubin reproduite sur le plat supérieur, dos à la bradel, tranche supérieure rouge
 
ENVOI à l'encre brune, sur le premier feuillet de garde :

Stefan Hirschtritt
zur freundlichen Warnung vor dem Leben
von Elias Canetti.
Oktober 1936

[à Stefan Hirschtritt, pour te prévenir, amicalement, des dangers de la vie]

Stefan Hirschtritt est vraissemblablement le fils d'Emanuel Hirschtritt, dentiste et grand ami du couple Canetti à Vienne. Il soutint financièrement les Canetti lorsque ceux-ci prirent la route de l'exil en 1938. Et c'est lui qui fournit probablement à Veza Canetti, chroniquement dépressive, des pillules avec lesquelles elle se suicida en 1963, devenant malgré lui une sorte de Lomay flaubertien. Cette hypothèse fut émise par Canetti lui-même :

“Des années plus tard, Canetti se demandait si, dans cette clinique, elle ne s'était pas suicidée. Son viel ami, le docteur Hirschtritt lui avait de toute manière procuré du poison. Canetti découvrit, après sa mort, une boite avec des pillules dans une enveloppe étiquetée” (Hanuschek, Canetti, "Dr. Hirschtritt-Pillen", p. 464).

L’envoi de Canetti au fils de ce dentiste est donc une mise en garde doublement prémonitoire : des événements tragiques touchant sa propre vie, et de la tournure prise par l’Histoire.

Dans son autobiographie, Canetti rappelle que, de la chambre de Vienne où il écrivit Die Blendung (traduit par "Autodafé", littéralement "aveuglement") au début des années 1930, il avait une double vue sur le Steinhof, grand hôpital psychatrique de Vienne, et sur le stade de football où se rassemblaient les masses hitlériennes. Comme les romans de Kafka ou le Berlin Alexanderplatz de Döblin, Die Blendung dénonce radicalement la crise identitaire de l'Europe dans l'entre-deux-guerre. La folie, en plus des personnages, atteint la forme même du roman. Le récit est volontairement distordu, caricatural, en rupture avec les codes du réalisme. Le sentiment d'irréel et d'intemporalité amplifié par le burlesque des personnages (le nain), des situations, la description fantomatique de Vienne font croire à la lecture d'un conte ou d'un mauvais rêve. Olivier Agard qualifie Die Blendung de "protocole d'une folie".

Le protagoniste principal de Die Blendung s'appelle Kien, anagramme de Kein (aucun), et frère de K., personnage récurrent de Kafka. Dans une version antérieure du récit, Kien se nommait Kant et Autodafé devait s'intituler Kant prend feu (Kant verbrennt). Kien est un savant sinologue qui se cache parmi ses 40000 signes chinois et derrière les 25000 livres de sa bibliothèque. Sa vie est parfaitement réglée, il étudie toute la journée et se promène imperturbablement une heure avant le coucher du soleil. Cette opposition entre la tête et le monde divise le livre en trois parties : "une tête sans monde" (Kien est un pur esprit dans sa bibliothèque), "un monde sans tête" (Kien est confronté à un monde purement matériel, sans spiritualité) puis "le monde dans la tête" (la tête ne peut plus contenir le monde, ce qui conduit à un incendie). Ce drame que vit Kien est également celui qui oppose la culture et la barbarie, l'individu et la masse. Le savant Kien sera tour à tour dépouillé par une servante et par un nain. Jeté à la rue, il erre, trouve refuge chez des libraires, achète à nouveau des livres avec le peu d'argent qui lui reste et finit par occuper un poste de concierge. Il met alors le feu à sa nouvelle bibliothèque. Cette chute de l'avatar de Kant n'est pas décrite sans un certain humour noir. Kien rencontre le nain qui le volera dans un bouge nommé ironiquement "Zum idealen Himmel" (Au ciel idéal). La loi morale en dedans de nous rend aveugle (blind).

Die Blendung devait constituer le premier volume d’une "Comédie humaine à l’image des fous" (Canetti). Chacun des neuf volumes prévus devait s’articuler autour d’un personnage isolé par l’expérience, le langage et la pensée. Mais Canetti n’écrira que le premier volume qui sera également son seul roman. Seuls quelques amis et un petit cercle d'initiés dont Musil, Berg et surtout Hermann Broch prirent conscience de l'ampleur de l'œuvre et de son exceptionnelle puissance. Les envois contemporains de la parution du livre sont très rares.

BIBLIOGRAPHIE : Olivier Agard, Elias Canetti, Paris, belin, 2003 -- Hanuschek, Elias Canetti, Munich, Carl Hanser, 2005, pp 374, 464, 781.

BKS : 4744

Plus d'informations : jean-baptiste@deproyart.com

 

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