BAUDELAIRE, Charles

Bibliographie Ch. Baudelaire

[Paris], [décembre 1861]

TOUT BAUDELAIRE EN DEUX PAGES AUTOGRAPHES : BAUDELAIRE DANS LE MIROIR AUTOGRAPHE DE SON ŒUVRE.

BIBLIOGRAPHIE QUE BAUDELAIRE A ÉTABLIE AU MOMENT OÙ IL S’EST PORTÉ CANDIDAT À L’ACADÉMIE FRANÇAISE

MANUSCRIT AUTOGRAPHE SIGNÉ

2 pages in-4 (249 x 191mm). 46 lignes dont 5 ratures à l’encre brune

TRANSCRIPTION :

“Bibliographie Ch. Baudelaire. Salon de 1845. Salon de 1846. La Fanfarlo. Nouvelle. Histoires extraordinaires d’Edgar Poe. Nouvelles histoires extraordinaires d’Edgar Poe. Aventures d’Arthur Gordon Pym. Les Fleurs du Mal 1ère édition (6 pièces condamnées). Les Fleurs du Mal 2e édition (augmentées de 35 morceaux nouveaux). Les Paradis artificiels (opium et hashich). Théophile Gautier. Richard Wagner et Tannhauser à Paris

[barré :] Morceaux reproduits dans les Revues. Delacroix à l’Exposition Universelle. Ingres à l’Exposition Universelle. Méthode de critique

Dans les Revues. Delacroix à l’Exposition Universelle. Ingres à l’Exposition Universelle. Méthode de critique. Caricaturistes étrangers

Caricaturistes étrangers. [rayé :] Morale du Joujou. De l’essence du rire. Morale du Joujou. Salon de 1859. La Genèse d’un poème (Le Corbeau, avec le commentaire). Eleonora (Edgar Poe). Un événement à Jérusalem (Edgar Poe). Philosophie de l’ameublement (Edgar Poe). Philibert Rouvière. Victor Hugo. Théophile Gautier (2). Marceline Desbordes Valmore. Pétrus Borel. Auguste Barbier. Leconte De Lisle. Pierre Dupont (1). Pierre Dupont (2). Théodore de Banville. Peintures morales d’Eugène Delacroix. Poèmes en prose. [barré :] Madame B. Gustave Flaubert”

En juillet 1861, Baudelaire envisage de présenter sa candidature à l’Académie française : “Plusieurs personnes m’engagent à profiter de la vacance actuelle (Scribe) ou des vacances prochaines probables pour poser ma candidature à l’Académie” (lettre à sa mère du 10 juillet).  

Cette année 1861 est une époque de projets particulièrement ambitieux pour Baudelaire. La deuxième édition des Fleurs du Mal, augmentée de trente-cinq poèmes vient d’être publiée. Il travaille, durant l’été, à une édition illustrée du même recueil et commence ses poèmes en prose. En 1861, le mauvais souvenir du procès commence à s’éloigner. Baudelaire aspire à une vie plus rangée : “Être de l’Académie est, selon moi, le seul honneur qu’un vrai homme de lettres puisse solliciter sans rougir” (lettre à sa mère du 25 juillet).

Ce n’est qu’en décembre 1861, après la mort d’un deuxième académicien un mois plus tôt, le dominicain Lacordaire, que Baudelaire entreprend des démarches réelles pour entrer à l’Académie française. Le 11 décembre 1861, il présente sa candidature au Secrétaire perpétuel, Abel Villemain, en rappelant les quelques œuvres qui l’autorisent à solliciter une telle consécration :

“permettez-moi de vous rappeler un livre de poésie qui a fait plus de bruit qu’il ne voulait ; une traduction qui a popularisé en France un grand poète inconnu, une étude sévère et minutieuse sur les jouissances et les dangers contenus dans les Excitants ; enfin un grand nombre de brochures et d’articles sur les principaux artistes et les hommes de lettres de mon temps”.

Aux yeux des Académiciens, Baudelaire n’a presque rien écrit, si ce n’est un livre condamné car jugé immoral. L’un des principaux objectifs de Baudelaire est d’alors faire connaître qu’il n’est pas l’auteur d’un seul livre. Au tournant de l’hiver 1861-1862, Baudelaire sollicite divers appuis, tente de rencontrer individuellement les Académicien et n’hésite pas à offrir des exemplaires de ses œuvres. Il adresse ainsi à Vigny (membre de l’Académie de 1846) une lettre accompagnée des deux brochures de Richard Wagner et Théophile Gautier, d’un exemplaire des Paradis artificiels et d’un exemplaire sur hollande des Fleurs du mal. Il sollicite également les appuis de Lamartine, Flaubert et Sainte-Beuve pour qu’ils fassent jouer leurs relations. Baudelaire rassemble ses troupes, au premier rang desquelles Charles Asselineau, Arsène Houssaye et Auguste Poulet-Malassis.

En janvier 1862, Poulet-Malassis publie, dans sa  Revue anecdotique, une bibliographie des œuvres du poète, introduite par quelques phrases non dénuées d’humour  :

“le profil quelque peu dominicain de M. Baudelaire [en référence à Lacordaire] continue à faire trembler tous les fauteuils académiques. Leurs paisibles possesseurs se demandent, pour la plupart, ce qu’a pu faire un candidat assez téméraire pour se placer sous l’invocation de Balzac et de Gautier. Sainte ignorance ! Prouve-t-elle qu’on écrit trop ou qu’on ne lit plus assez ? Toujours est-il que la liste des ouvrages de leur inconnu est longue. La voici, garantie par un Quérard de nos amis”.

Suit la bibliographie imprimée, correspondant mot à mot à ces deux pages autographes de Baudelaire. On ignore si celles-ci furent remises à Poulet-Malassis par Baudelaire ou si Baudelaire les avaient gardées pour lui-même comme aide-mémoire. Les lettres adressées à cette époque à Poulet-Malassis ne semblent pas être incomplètes d’un manuscrit d’une Bibliographie de Ch. Baudelaire. L’hypothèse très vraisemblable est que Baudelaire remit cette bibliographie en mains propres à Poulet-Malassis. Ils se virent justement à cette époque pour s’entretenir de publications futures et de la candidature de Baudelaire à l’Académie : “pour une raison quelconque je ne peux pas sortir. Pouvez-vous venir à mon hôtel à l’heure du dîner ? Vous m’épargnerez la fatigue d’une longue lettre?” (lettre de Baudelaire à Poulet-Malassis, fin décembre 1861 ou début 1862).

Baudelaire renoncera à sa candidature en février 1862, devant le refus certain de trop nombreux académiciens de le recevoir parmi eux. La publication de ses Œuvres complètes (1868), posthume, lui apportera finalement la renommée qu’il pensait trouver sous la coupole. Ces Œuvres complètes comprendront justement les titres inscrits sur ces deux feuillets autographes. Cette bibliographie constitue un résumé de Baudelaire par lui-même, à l’époque qu’il se jugeait lui-même digne d’être reconnu comme immortel : tout Baudelaire en deux pages.

Tout grand artiste crée, à un moment, le miroir manuscrit de son oeuvre, pour surveiller le paiement de ses droits comme Dickens ou pour fixer le classement d’une œuvre destinée à la postérité, comme Mozart. Stefan Zweig put acquérir le célèbre Verzeichnüss aller meiner Werke (British Library, Zweig MS 63 : http://www.bl.uk/manuscripts/FullDisplay.aspx?ref=Zweig_MS_63) auquel ce manuscrit de Baudelaire fait indéniablement penser.
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On connaît une autre notice auto-bibliographique de Charles Baudelaire, sur une seule page. Elle a figuré au catalogue de la vente Louis Barthou (Cat., II, 1935, n° 815, p. 158).

BIBLIOGRAPHIE : Charles Baudelaire, Correspondance, Paris, 1973, II, pp. 193-194 -- Revue anecdotique des excentricités contemporaines, première quinzaine de janvier 1862, p. 18

BKS : 11203

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