CHAR, René

Correspondance avec José Corti. [23 lettres ou cartes autographes signées. 35 pp.]

1931-1982

D'UN POÈTE À SON ÉDITEUR : RARE ENSEMBLE DE LETTRES DE RENÉ CHAR À JOSÉ CORTI.  

LECTURE DES FLEURS DU MAL DANS LE MAQUIS.

CORTI ÉDITA LES PREMIERS (ET PLUS IMPORTANTS) TEXTES DE CHAR. LE POÈTE FUT LE COMPAGNON D'ARMES DE SON FILS, DOMINIQUE CORTI.

SPLENDIDE RELIURE DE LOUISE BESCOND

1. "Voulez-vous envoyer un exemplaire ordinaire d'Artine à l'adresse : Ferdinand Marc, 140 avenue d'Orléans, Paris, 14e ainsi qu'à Yvan Denis, La Nouvelle Équipe, Bruxelles. À ce sujet, envoyez-moi sans retard cette dernière revue "La Nouvelle équipe" ainsi que le dernier livre de Lafcadio Hearn, j'ai oublié le titre, qui vient de paraître au Mercure de France". L'Isle-sur -Sorgue, 27 février 1931. 1 p. in-4  

2. "C'est à peine si on pense à Paris tant la campagne est belle. Lorsque mes bouquins seront prêts, soyez aimable de m'en faire l'envoi selon le mode qui vous conviendra. Mon adresse R. C. L'Isle-sur-Sorgues, Vaucluse." 16 avril 1935

3. "si vous avez, comme je n'en doute pas, un peu de sympathie pour moi, vous devez vous demander si ma vie ne s'est pas terminée par une noyade. Tout ici a trempé [sic]. Deux mois d'inondations se sont retirés dedans un lac de boue qui lui se maintient avec l'aide du temps toujours à la pluie ... les poissons meurent noyés ! Les hommes et leur désespoir pataugent. J'espère venir à Paris en mars et serais heureux de vous voir. J'ai trouvé dans des vieux papiers toute une correspondance de Ch. Giraud, grand homme de Pernes. Jurisconsulte, homme d'État, membre de l'Institut (1802-1882), son descendant direct était Hubert Giraud [le chansonnier]. En pensant que cela peut vous amuser, je vous offre bien volontiers ces lettres. Je vous demande pardon pour le livre d'Éluard relié, toujours chez vous, je vous le recommande car j'y tiens beaucoup. Je le prendrai à mon retour. Si par hasard quelque imprimé était arrivé à mon adresse, soyez aimable de me le faire suivre ici à l'Isle où l'on meurt littéralement d'ennui ! A tout hasard merci ... Mon bon souvenir à Madame Barbier. Tous mes voeux pour vous et les vôtres ». L'Isle-sur-Sorgue, 25 janvier 1936. 2 p. in-8  

4. "un livre de "moi" [Placard pour un chemin des Écoliers] est sous presse (15 poèmes), ici, chez l'un de mes amis imprimeurs à Cannes. Il sortira début juillet. Naturellement l'impression me regarde. Puis-je mettre sur la couverture « se trouve chez J. Corti... etc. » ? Vous n'êtes que le dépositaire. Je veux écrire par là que les frais d'impression sont à ma charge (cet ami me fait des prix vraiment très raisonnables, avec quelques souscripteurs au luxe je les couvrirai). Vous seriez aimable en ne tardant pas à me dire votre avis. Merci. Deux images très belles de René Magritte l'illustrent. Nous pensons tirer 100 exemplaires (80 à 15f et 20 à 50f). Qu'en pensez-vous ? Je vous souhaite des succès intéressants pour l'exposition que vous organisez ..." 13 juin 1937. 2 pp. in-8  

5. "voici longtemps que je suis sans nouvelle de vous et j’aimerais bien en avoir. Je sais par expérience personnelle que les bras tombent le long du corps, que l'été n'en est pas un, que la "vraie vie est absente"... Le temps n'est guère à la poésie. Vous ne m'en voudrez pas de l'oublier un instant. Je vous prie de partager avec Madame Corti ce poème : "Elle est venue par cette ligne blanche, pouvant tout aussi bien signifier l'issue de l'aube que le bougeoir du crépuscule. Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile ou s'inscrivit mon souffle. D'un pas à ne se mal guider que derrière l'absence, elle est venue, cygne sur la blessure, par cette ligne blanche" Céreste, 31 août 1942. Carte-lettre avec adresses de René Char et de José Corti au recto. [Le célèbre poème figurant dans cette carte lettre adressée par Char à Corti en août 1942 sera publié en 1945 sous le titre "La Liberté" dans Seuls demeurent.]

6. "Heureux (...) que vos éditions continuent à étoiler le ciel sombre de Paris. C'est avec plaisir que ma femme et moi recevront vos Fleurs du mal. Pourriez-vous me rendre un petit service ? J'aimerai posséder l'édition originale française du Théâtre de Synge (mais existe-t-elle ? Je veux dire : a-t-on tiré des exemplaires sur papier moins ordinaire ?) parue à la N.R.F. l'hiver dernier [allusion à la publication en mars 1942 du Théâtre de Synge traduit par Maurice Bourgeois]. Synge est un de mes auteurs préférés, et le traducteur M. Bourgeois à fait merveille dans cette langue difficile. Si vous pouvez m’en acheter un exemplaire je serai bien content, et me l’envoyer"... Céreste, 30 septembre 1942. Carte-lettre avec adresses de René Char et de José Corti au recto.   

7. "je vous remercie de la magnifique édition critique des Fleurs du mal qui vient de m’être remise. Je m'émerveille à la feuilleter puis à m'arrêter au contenu très-parfait de ces pages. Voici enfin un LIVRE [sic] qui est comme un rocher qui respire dans notre air si mal défendu de 1942. Admirable Baudelaire ! Ce n'est certes pas lui qui humilie l'homme et saccage ses immenses possibilités pessimistes... Crépet, Blin et Corti, vous êtes auteurs et artisans d'une réussite indéfiniment satisfaisante : Baudelaire indispensable"... Céreste, 20 octobre 1942. Carte-lettre avec adresses de René Char et de José Corti au recto.  L'édition critique des Fleurs du mal publiée en 1942 chez Corti était due aux remarquables travaux de Jacques Crépet et de Georges Blin

8. "merci de votre pensée : Les Cloches sur le coeur sont allées et revenues de Rome depuis ce temps ! Ce vieux petit livre demeure vert mais combien illisible. J’avais d’autres compensations, il est vrai ! ». L'Isle-sur-Sorgue, [12 juillet 1945 ?]. Carte postale  

9. "merci de l'envoi de L'Anthologie du conte fantastique. C'est un beau livre qui manquait. Comme je regrette que vous ne veniez pas un peu ici. Non que ce pays soit pour un cœur comme le vôtre, balsamique, mais l’ombre et la présence de l’eau desserrerait, il semble, un peu, les murs qui nous assaillent et nous pressent ». Carte postale [1947]  10. Carton d'invitation à une Exposition de peintures et sculptures contemporaines organisée par Yvonne Zervos et René Char, du 27 juin au 30 septembre 1947, dans la Grande Chapelle du Palais des Papes. Cette première manifestation culturelle allait devenir le Festival d’Avignon sous l’impulsion de Jean Vilar :  « Chers amis, voici une belle chose à voir pour vous. D’autre part nous serons à l’Isle où nous tournons le film le 1er juillet. Ne manquez pas de venir (juillet-août). Quelques bons d’essence si ça ne te gêne pas, Marcel, seront les bienvenus à l’Isle, dès que tu pourras en disposer. À bientôt et tout affectueusement à tous deux. René Char, amitiés et de Christian et Yvonne Dervos ». Il s'agit de l'Anthologie du conte fantastique français publiée par Pierre-Georges Castex chez Corti en 1947

10. "votre pensée me touche de vous inquiéter aussi de "nuages" qui je vous l'assure entre nous n'existent pas. J'ai passé un très mauvais hiver, à tous points de vue, quand je cantonne les choses à l’hiver c’est pour simplifier, et me suis à peu près complètement retiré physiquement de la vue de mes amis. Ainsi ne m’en veuillez pas, je vous prie. Je n'ai qu'amitié et vieille sympathie pour vous. Je pense bien vous le prouver d’ailleurs à la prochaine occasion en venant vous serrer la main. Merci de votre lettre qui est celle d'un homme de cœur. Présentez, je vous prie, mon respectueux attachement à Madame "... Paris, 4 juillet 1948. 1 p. in-4 et enveloppe  

11. "Je vous envoie mes amitiés et mes bonnes pensées à partager avec Madame Corti. René Char" [1950]. Carte postale  

12. "Ma pensée bien amicale de Vézelay"... 20 août 1957. Carte postale et enveloppe  

13. "Mon cher ami, j'ai dû en effet revenir ici malgré la crise qui m'a couché 17 jours à Paris et dont je sortais à peine : ma sœur s’était ouvert le front la nuit contre le mur de sa chambre, dans la maison de repos. Et on ne la veut plus là-bas ... Bref, l’hiver commence mal pour nous. Pour Seghers, fixez vous-même le prix des droits de reproduction. Je n'en ai nulle idée, gardant à Paris les comptes-rendus annuels détaillés des ventes fournies par Gallimard. Mon premier mouvement a été de dire non à ce Bédouin, petit valet empoisonné de la tour bretonne, mais à la réflexion, je reste ce que j'ai été dans ma jeunesse bien que le surréalisme m'ait peu influencé (Arsenal fut écrit alors que j'ignorais l'existence du mot). Aujourd'hui je me considère "mort" pour lui. Pourquoi Breton ne compose-t-il pas lui-même, sous sa seule responsabilité, une anthologie impartiale, disons, historique ? Cette disposition l'honorerait, au lieu de s'en remettre aux garçons de courses, selon son habitude. Le dernier imprimeur - quelle mauvaise impression de tout l'ouvrage ! - du Marteau sans maître nous a flanqué des coquilles là où il n'y en avait pas sur les épreuves (par exemple "trésoir" à la place de "trésor", page 100, l’astérisque à « poème », p. 49, disparue après le bon à tirer ... Idem pour la page 101). Il n'a pas suivi toutes mes indications quand le vers est trop long et passe à la ligne, etc. Cela va vous ennuyer autant que moi. Mais ma mauvaise humeur m’a passé. P. S. : voulez-vous préciser à Seghers pour Bédouin que les poèmes choisis sont extraits de la 3e ou de la 4e édition du Marteau, et non de la 1ère. Merci". L'Isle-sur-la-Sorgue, 8 décembre 1963, 2 pp. in-8. Enveloppe  

14. "je vous remercie de votre lettre et votre chèque. J’espère que vous vous êtes consolé, comme moi, des petits avatars de la dernière du Marteau. Les imprimeurs sont rarement, aujourd'hui, des enlumineurs et des raffineurs. La Provence était en guerre avec le ciel qui nous a bombardé d’une neige et d’un froid pas ordinaires. Ils ne s’en vont qu’à reculons. « Diou nous fague la grâce de veire l’an que ven / E se sian pas maï, que sieguer pas mens ! ». À Madame Corti, à vous mes fidèles pensées d’amitié. René Char"... L'Isle-sur-la-Sorgue, 29 décembre 1963, 1 p. in-12, au verso d'un petit prospectus de GLM pour la publication de "En trente-trois morceaux", 1956, enveloppe  

15. “les deux lettres récentes que vous m’avez fait parvenir émanaient de Universal editions, via Barclays Bank et contenant chacune un chèque à mon nom pour les droits d’auteur-musique sur Le Marteau sans maître. J’ai prié Madame Strassova d’encaisser ces chèques et de vous verser la moitié de leur montant. Le premier, j’étais au lit immobilisé et j’ai oublié d’inscrire sur mon carnet son montant qui était en livres sterling, environ 220 nouveaux francs au change, le second est de 331, 82 N. frs. Je l’ai fait suivre à madame Strassova, hier. Je vous rappelle que mes accords avec elle ne touchent que le seul secteur « musique », disques et éditions de partitions musicales, à ce jour : Le Marteau sans maître, puis Le Soleil des eaux et Le visage nuptial (Gallimard), avec Boulez comme musicien et J. L. Martinet”. Paris, 11 juillet 1964, 2 pp. in-4, papier à en tête imprimé « René Char », enveloppe.  

16. "Je pensais à vous hier à Sault où de bonnes, fraîches, tranquilles détentes y sont encore permises ... Et c'est un haut lieu de la Résistance... J’espère que Madame Corti et vous avez pu vous reposer un peu sous les verdures de Bellevue. Fidèle amitié. René Char. P. S. : je ne suis pas au courant des oscillations de Breton ! Il s'aime trop pour aimer "Dieu"... L'Isle-sur-la-Sorgue, 10 septembre 1964, carte postale  

17. "à présent que la Provence, en latitude et longitude, est toute proche de Paris par son froid et son rapide mistral aussi, train de tolérance de grand luxe, écrire n'est plus qu'un voeu de parole ! Je n'ai plus un seul Ralentir travaux ici. Voudriez-vous avoir la gentillesse de m'en envoyer une dizaine d'exemplaires ? Avec facture. Merci. Partagez, je vous prie, avec Madame Corti, mes pensées fidèles et amicales. René Char" L'Isle-sur-la-Sorgue, 13 avril 1969, 2 pp. in-8 et enveloppe  

18. "Relisant, encore une fois, à tête reposée, Le Marteau sans maître dans notre dernière édition épuisée, je relève deux autres fautes qui m'avaient échappé lors de ma récente lecture : page 131 [XXVIII] il faut lire : « l’arbitraire en tant que revers ... » et non « l’arbitraire en temps que revers ... Enfin page 133 [XXXIV] avant-dernière ligne, lire : « opiniâtrement » et non « opiniâtrément » ... J'espère qu'il ne sera pas trop tard pour faire ces corrections importantes. Pour les poèmes que vous demandent les Polonais, accordons l'autorisation, certes, dans un autre esprit que celui de notre intérêt matériel. Je n’ai jamais touché un seul sou des droits de mes livres traduits dans l'Est, les droits, comme vous savez, il faut aller en jouir là-bas... Et le banditisme, sous différentes formes et avec des effets divers, est mondial. Au revoir, mon cher ami. A vous, fidèlement. René Char" Les Busclats, 22 mars 1970, 2 pp. in-8 et enveloppe. Avec le brouillon de la lettre autographe de José Corti du 12 mars 1970 : "votre livre part aujourd'hui même pour l'imprimeur... je recevais une lettre d'un éditeur polonais qui veut donner dans une anthologie un certain nombre de poèmes du Marteau... je vous sais fort au-dessus des questions d'intérêt quand la poésie est en jeu"... 1 p. in-8  

19. “il est toujours absurde de soulever les pierres de sa propre santé sous les yeux de ses amis, mais il faut bien que je touche à celles-ci pour qu'elles vous apparaissent comme l'obstacle de mon éloignement persistant de Paris. Une arthrose de plus en plus vorace me contraint à mesurer sans cesse les distances à parcourir, les mouvements à accomplir. Sé fasan vieils ... Merci pour votre lettre, votre chèque. Pernes élève ses faubourgs et coupe beaucoup de beaux platanes. Nos villages rajeunis sont en loques, et celles de nos bâtisseurs se posent un peu là, dans leur nouveauté cacateuse." Les Busclats, 7 février 1972, 2 pp. in-8  

20. "Je vous remercie de votre chèque, ma part du règlement M. A. Cairs (Mme Cairs est quelqu’un de très sérieuse méritant toute la confiance). Maxime Fischer avance rapidement dans le labyrinthe de Universal Edition. J'ignorais G.L.M. malade. Je suis fort inquiet à son sujet, car "maison fermée pour cause de maladie" ne lui ressemble guère... Il faut que cela aille vraiment mal pour lui. Si vous apprenez quelque chose, d’avance merci de m’en faire part"... Les Busclats, 18 juin 1975, 1 p. in-8 et enveloppe  

21. “pardon pour mon peu de manifestation, mais cela n'empêche pas la pensée d'affection. Pernes reste notre grand trait d’union, Pernes où j’ai des amis sans failles qui vous admirent. Pour m’ôter ce qu’une évocation du musicien du Marteau sans maître et de ses sbires d'affaires a de déplaisant, j'aimerais vous parler aujourd'hui d'une traduction en provençal de 25 de mes poèmes (les plus proches par le sens et l’aisance d’une telle entreprise) que mon ami Marcel Gaillard, de Lagarde d’Apt dans le Ventoux vient d’achever. Gaillard est un « provencialiste » savant qui aime et sent la poésie. Il m’est venu qu’un recueil pourrait en être fait (français-provençal). Et je pense tout naturellement à vous qui parlez et écrivez et lisez parfaitement cette langue de mon berceau. Sans vous ennuyer puis-je vous envoyer le manuscrit ? Je n’en ai dit un mot à personne". Les Busclats, 31 janvier 1979, 2 pp. in-8 et enveloppe  

22. “Je vous remercie de l’envoi de votre chèque et du relevé de la vente du Marteau. Je me suis réjoui beaucoup, bien que, comme tant d’autres affectueux et reconnaissants lecteurs de Gracq depuis longtemps, je me suis réjoui du soleil de la vie et de la justice intensément dirigés sur son oeuvre et sur lui-même". Les Busclats, 22 juin 1981, 2 pp. in-8 et enveloppe  

23. "je vous espère très vivement dans un état moins douloureux et proche du rétablissement. Je connais ces choses odieuses, ayant une arthrose généralisée et fort capricieuse. Merci pour votre chèque postal pour Le Marteau. À ce propos, six exemplaires me seraient bien utiles de ce livre. Je vous avais demandé il y a quelques mois 4 exemplaires de Ralentir Travaux. N’ayant pas eu réception de cela, j’ai pensé qu’il était épuisé. Enfin, je vous annonce une nouvelle qui marque aussi mon âge (!) et je vous y associe bien : Gallimard me demande d'entrer dans la Bibliothèque de la Pléiade : un volume de 1200 pages, Oeuvres à paraître en 1983. Sauf Les Cloches sur le coeur et quelques broutilles de jeunesse, tout mon travail y figurera. Vous me permettrez de joindre Le Marteau sans maître avec votre copyright, j'en serai heureux"... Les Busclats, 8 mars 1982, 2 pp. in-8 et enveloppe. En 1981, Julien Gracq publie En lisant, en écrivant et fait l'objet en mai, d'un grand colloque à Angers  

RELIURE SIGNÉE DE LOUISE BESCOND, À PLATS RAPPORTÉS ET DÉCOR CONTINU. Plein veau tanné à l'alun, estampé d'une eau-forte originale figurant un feuillage et de petites fleurs en étoiles, teinté par touches vert et jaune, orné d'un semis de petites étoiles à l'or, dos long, gardes de japon jaune, volantes, du même veau estampé et teinté, entièrement rehaussées à l'or, tranchefiles tissées main en soie du japon, coiffes façonnées. Chemise et étui bordés du même veau, couverts de papier japon vert

PROVENANCE : José Corti

Cette correspondance réunit un ensemble unique de lettres que René Char écrivit à José Corti. Il témoigne du lien d’intelligence, de confiance et de respect qui lia les deux hommes pendant cinquante ans : depuis le début des années trente et la publication d’Artine, en passant par les années de Résistance jusqu’à la consécration du poète de l’Isle-sur-Sorgue lors de sa publication en Pléiade (cf. lettre n° 23) au début des années quatre-vingt.

Trois lettres de cette correspondance sont datées de Céreste, en 1942, soit de ce moment essentiel où René Char devint le poète français de la Résistance. Sa correspondance avec Corti ne s’interrompt pas pendant la guerre, bien au contraire. René Char, en même temps qu’il organise son réseau dans le maquis, fourbit d’autres armes, “les armes de l’esprit” (pour reprendre une célèbre formule du Pasteur Trocmé).

René Char s’adresse à José Corti lorsqu’il veut se procurer un exemplaire des Fleurs du Mal, “indispensable” en ces temps de détresse (cf. lettre 7). René Char emploie une image remarquable pour qualifier Les Fleurs du mal : un “rocher qui respire”, en pleine guerre.

René Char et José Corti étaient d’autant plus liés que le jeune fils de José Corti, Dominique, avait également rejoint la Résistance. Il sera tué à la fin de la guerre. Char lui rendit hommage dans un texte publié en 1947 dans le recueil Cinq parmi d’autres publié aux Éditions de Minuit :

“À dix neuf ans, il agit. Il habite Paris, où le risque est le même au soleil que dans l’ombre (…) Son intelligence, son audace, son intuition militaire le font distinguer. Le 2 mai 1944, il est arrêté. Son père José Corti, et son admirable mère ne pourront désormais que tendre leurs mains vers la nuit où leur fils est enfermé (…) Dominique Corti, toi sur qui l’avenir comptait tant, tu n’as pas craint de mettre le feu à ta vie... Nous errerons longtemps autour de ton exemple”.

Ces précieuses lettres de guerre sont écrites de Céreste, lieu emblématique de René Char d’où jailliront les Feuillets d’Hypnos. Il rendra hommage aux habitants de ce village de Céreste qui avaient à plusieurs reprises aidé le groupe de résistants qu’il commandait : “Avec une prudence infinie, maintenant des yeux anxieux et bons regardaient dans ma direction, passaient comme un jet de lampe sur ma fenêtre. Je me découvris à moitié et un sourire se détacha de ma pâleur. Je tenais à ces êtres par mille fils confiants dont pas un ne devait rompre. J'ai aimé farouchement mes semblables cette journée-là, bien au-delà du sacrifice” (Feuillets d’Hypnos).

Une des lettres de cette correspondance est tout à fait extraordinaire (la n° 4, datée du 13 juin 1937) car elle mentionne l’existence d’un ouvrage que Char aurait fait publier en 1937 et dont on n’a aucune trace. Cette lettre inédite à Corti est la seule et unique trace écrite signalant ce livre mystérieux :
 
“Un livre de moi” est sous presse (15 poèmes) ici chez l’un de mes amis imprimeur à Cannes. Il sortira début juillet. Naturellement l’impression me regarde … Deux images très belles de René Magritte l’illustrent … Nous pensons tirer 100 exemplaires”.

Or l’année 1937 est essentielle dans l’œuvre de René Char : alors qu’il a décidé d’abandonner la poésie après l’aventure surréaliste, et de se consacrer à ses affaires familiales (entreprise de plâtrerie), il tombe très malade. Il part pour une longue convalescence à Cannes et renoue avec la poésie. Mais dans une veine totalement différente, celle qui conduira aux Feuillets d’Hypnos. Cet ouvrage inconnu constitué de quinze poèmes serait un véritable tournant dans l’œuvre et la vocation de Char.

Antoine Coron affirme que nous ne savons rien de ce livre : ni édition, ni épreuves d’imprimeur, ni le nom des poèmes s’ils ont été publiés autre part etc. Mais que ce livre inexistant (immatériel), paradoxalement, est très important. Cette lettre est tout ce qui reste de ce livre. Elle est extraordinaire en ce qu’elle marque un tournant et un renouveau dans l’œuvre de René Char, alors qu’il avait décidé de ne plus écrire de poésie.

Antoine Coron et Marie-Claude Char ont bien confirmé que cette correspondance était entièrement inédite.

BIBLIOGRAPHIE : Char, Dans l’atelier du poète, Paris, 1996, pp. 41 et 360 -- René Char, catalogue d'exposition de la BnF, Paris, 2007

BKS : 5061

Plus d'informations : jean-baptiste@deproyart.com

 

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