CHÂTELET, Gabrielle-Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du

 

4200 €

CHÂTELET, Gabrielle-Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du

Dissertation sur la nature et la propagation du feu

Paris, Prault, 1744

BEL EXEMPLAIRE D’UN OUVRAGE ATTESTANT DE LA PREMIÈRE POLÉMIQUE SCIENTIFIQUE ENTRE UNE FEMME ET UN HOMME.

MADAME DU CHÂTELET, AU-DELÀ D’ÊTRE LA MAÎTRESSE DE VOLTAIRE, FUT “LA PREMIÈRE FEMME AUTHENTIQUEMENT SAVANTE DE L’ÉPOQUE MODERNE” (BnF, Essentiel)

ÉDITION ORIGINALE

[suivi de :] [DORTOUS de MAIRAN, Jean-Jacques]. Lettre de M. de Mairan... à Madame la marquise du Chastellet. [Paris, Académie des Sciences, 1741] ; [suivi de :] [CHÂTELET, marquise du]. Réponse de Madame la Marquise du Chastelet à la Lettre que M. de Mairan... lui a écrite le 18 février 1741 sur la question des forces vives. Bruxelles, Foppens, 1741

3 ouvrages en un volume in-8 (185 x 108mm). Vignette gravée sur la page de titre
COLLATION : (1) : π2 A-H8 I6 ; (2) : a-b8 c2 ; (3) : A-B8 C4, sans le dernier feuillet blanc et avec quatre ff. de ce dernier texte non coupés
RELIURE DE L’ÉPOQUE. Veau écaille, encadrement d’un filet à froid, dos à nerfs orné et doré, tranches rouges
PROVENANCE : annotations manuscrites à l’encre d’une main du XVIIIe siècle : prix sur la première garde et liste des textes dans le volume à la fin
RARETÉ : aucun exemplaire dans les répertoires informatisés, rien dans le fichier Berès, un exemplaire sur internet dans le marché mais simplement broché. Quatre exemplaires seulement aux États-Unis dont Princeton et UPenn. L’exemplaire de la BnF provient de la collection Bengesco et est conservé à la Réserve

Pp. 131-133 inversées. Reliure légèrement frottée

Gabrielle-Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet (1706-1749) concourut en cachette en 1737 au prix de l’Académie des Sciences sur la nature du feu, dont la question dérive des travaux de Newton. On sait qu’elle fut la grande traductrice en français des Principia Mathematica de Newton. Si elle n’apporta pas de faits expérimentaux nouveaux, elle fit preuve dans cette Dissertation d’une véritable érudition. Ses idées étaient parfois curieuses et elle avait conscience de leur étrangeté (lettre à Maupertuis de décembre 1738). Le prix de l’Académie fut décerné à Leonhard Euler. Mais le mémoire de Madame du Châtelet fut publié. C’était la première fois que l’Académie des sciences publiait le texte d’une femme. Ce privilège donnait à la jeune femme une place inédite au sein de la communauté scientifique française.

“Les femmes n’ont pas alors accès à l’Académie, sauf dans le public. Pour participer aux réunions informelles au café Gradot, non loin de l’Académie, Émilie doit s’habiller en homme. Mais les manuscrits des concours sont anonymes, ce qui lui laisse ses chances. Voltaire et elle présentent chacun un mémoire réalisé séparément. Le prix revint à Euler (évidemment) mais, sur la recommandation de Réaumur, son mémoire fut imprimé par l’Académie des sciences ; c’est le premier ouvrage d’une femme à l’être. Esprit très critique, elle demande ensuite des leçons à l’Allemand Samuel Koenig qui l’initie à Leibniz dont les théories (la monadologie) la convainquent sur bien des points, par opposition à celles de Newton, beaucoup plus mathématiques. Elle écrit alors ses Institutions de physique (1740), traité dédié à son fils, dont le premier chapitre reste jusqu’à aujourd’hui une des plus nettes expositions de la doctrine de Leibniz en français. Le livre est si réussi que Koenig tente de s’en faire passer pour l’auteur. Il s’ensuivit une brouille définitive entre les deux personnages. Le livre de Mme Du Châtelet fait l’objet de deux comptes rendus élogieux dans Le Journal des savants. Il lui vaut aussi une controverse ouverte avec le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, Dortous de Mairan, sur la théorie des forces. Au chapitre XXI de ses Institutions, elle développe en effet une vive critique, déjà abordée dans sa dissertation sur le feu, d’un mémoire de Mairan de 1728, Sur l’estimation et la mesure des forces motrices des corps. Furieux, Dortous fait republier son mémoire en 1741. Il est soutenu par l’abbé Deidier qui publie, toujours en 1741, une Nouvelle réfutation de l’hypothèse des forces vives. La réponse de Mme du Châtelet est publiée dans le Journal de Trévoux. Le débat attire l’attention des étrangers. En 1742, les Institutions de physique font l’objet d’une deuxième édition et d’une traduction en allemand et en italien où sont intégrés ces éléments. Du Châtelet est appuyée par Koenig et par Maupertuis qui déclare : “Elle a raison pour le fond et pour la forme”. C’est la première controverse scientifique sérieuse entre un homme et une femme. En 1744, dans la troisième édition des Institutions, elle fait supprimer une partie de sa réponse et écrit : “je ne suis pas secrétaire de l’Académie mais j’ai raison, et cela vaut tous les titres”. Résultat : en 1746, elle est élue à l’université de Bologne, la seule d’Europe ouverte aux femmes, et la Décade d’Augsbourg de la même année, genre de Gotha intellectuel, la classe parmi les dix savants les plus célèbres de l’époque.” (M. Touzery)

Madame du Châtelet décida de rassembler les différents textes de cette polémique sur le feu en un volume qu’elle fit publier en 1744. Il constitue donc l’édition originale sous forme de livre de sa Dissertation de 1737. Ce mince volume connut un tirage restreint, sans doute pour distribution à ses amis, ce qui explique sa véritable rareté de nos jours.

WEBOGRAPHIE : https://gallica.bnf.fr/essentiels/du-chatelet/institutions-physique -- Mireille Touzery, “Émilie Du Châtelet, un passeur scientifique au XVIIIe siècle. D’Euclide à Leibniz”, https://journals.openedition.org/histoire-cnrs/7752
BIBLIOGRAPHIE : Dictionary of Scientific Biography, III, pp. 215-216

BKS : 12527

Plus d'informations : jean-baptiste@deproyart.com

 

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