PROUST, Marcel

Jalousie

Paris, Les Oeuvres libres, 1921.

BEL EXEMPLAIRE AVEC ENVOI.

 

PREMIÈRE PUBLICATION DES CENT PREMIÈRES PAGES DE SODOME ET GOMORRHE II

ÉDITION PRÉ-ORIGINALE, publiée en novembre 1921 dans le numéro 5 de la revue Les Oeuvres libres 

 

In-12 (190 x 120mm) 

 

ENVOI autographe signé :       

 

"Hommage de l'auteur,

Marcel Proust"  

 

BROCHÉ, couverture d'origine imprimée en rouge et noir 

En novembre 1921, Proust publie en revue les cent premières pages de Sodome et Gomorrhe II intitulées Jalousie. L'extrait inédit parait chez Arthème Fayard et Cie, dans Les Œuvres Libres, "recueil littéraire mensuel ne publiant que l’inédit".  

 

"Fayard propose à Proust 2 francs par ligne. Il se laisse tenter à la grande fureur de Gallimard. Celui-ci lui reproche de vouloir paraître dans "un recueil de kiosque et de gare" ; de plus, le lecteur risque de se contenter de l'extrait, et de ne plus acheter le livre. Marcel promet qu'il n'aura plus affaire avec cette publication (ce qui est inexact), mais que, la NRF lui devant 60000 francs, et les mensualités promises n'étant pas versées régulièrement, il est fondé à toucher de l'argent ailleurs. Proust révèle ainsi son oeuvre future avec une tactique financière et littéraire subtile" (J.-Y. Tadié, p. 860) 

 

Le texte de Proust ouvre le cinquième numéro de la revue. Il est suivi de textes courts d'auteurs en vogue : Miguel Zamacoïs, Victor Margueritte, Alfred Machard et André Billy. La publication en revue du début de son nouveau volume est capitale : sous couvert d'une raison financière, Proust trouve l'occasion de remanier son texte écrit depuis 1916 avant qu'il ne paraisse en volume. Le court roman se joue en deux actes : l’un théâtral et aristocratique ; l’autre intime et bourgeois : deux actes qui trouvent leur épilogue dans le souvenir de Balbec. Le premier acte, le plus long, raconte la réception chez la Princesse de Guermantes où se réunissent les figures du "grand monde", cruelles, vaniteuses et médiocres mais desquelles le narrateur est désormais apprécié. Dans ces salons survolent les deux figures intelligentes d'un Charlus séducteur (dont l'homosexualité est depuis peu connue du narrateur) et d'un Swann très malade, changé en vieux prophète dreyfusard. Le second acte de Jalousie dit la visite tardive qu’Albertine fait au Narrateur, ravivant tous les poisons du cœur. "Ce fut là une des six publications d'extraits d'A la recherche du temps perdu en revue durant l'année 1921, ce qui confirme - ainsi que le souligne Jean-Yves Tadié - l'importance que Proust accordait à ces montages de textes malléables destinés à mieux faire connaître son oeuvre." (Dictionnaire Marcel Proust, p. 527).  La publication des cent premières pages de Sodome et Gomorrhe II sous le titre Jalousie s'inscrit aussi dans un mouvement d'accélaration de la publication de l'oeuvre, lui donne une continuité, un rythme. Le volume Côté de Guermantes II-Sodome I contenant la fameuse scène d’amour entre Charlus et Jupien, était paru en mai 1921 (ce qui avait laissé à Montesquiou, qui mourut en décembre 1921, la possibilité de le lire). Le volume suivant, Sodome et Gomorrhe II ne parut qu'en avril 1922. Les cent pages de Jalousie publiées en novembre 1921 créèrent donc une continuité entre ces deux derniers volumes publiés du vivant de l'auteur. Car, si 1921 voit se poursuivre la consécration de Proust (1919, année du Goncourt et de la Légion d'honneur), elle est surtout l'année d'une aggravation de la maladie. Proust, dans une course contre la mort, harcèle Gallimard pour obtenir au plus vite des épreuves à corriger, et numérote ses cahiers en vue d'une publication posthume. Les pages de Jalousie, en créant une infidélité à Gallimard, témoignent surtout de l'urgence dans laquelle se tint l'oeuvre en cours de publication, jusqu'au dernier jour de Proust. 

 

Jalousie est évidemment un titre-clef valable pour toute La Recherche. L'amour-jalousie se tient au coeur de tous les principaux couples : Odette et Swann, le narrateur et, successivement, Gilberte, la duchesse de Guermantes et Albertine, Saint-Loup et Rachel, Morel et Charlus. La jalousie, bien réelle comme la souffrance, apparaît comme le pendule d'un amour souvent illusoire. Pour le narrateur, par exemple : "Je sentais que ma vie avec Albertine n'était, pour une part, quand je n'étais pas jaloux, qu'ennui, pour l'autre part, quand j'étais jaloux, que souffrance. (A la recherche du temps perdu, III, p. 895). Ou pour Swann qui un soir erre parmi les rues sombres à la recherche d'Odette, tel Orphée aux enfers : "cette maladie qu'était l'amour de Swann", doublant le cancer dont il finira par mourir parce que "son amour n'était plus opérable" (A la recherche du temps perdu, I, p. 303).

RÉFÉRENCES : Marcel Proust, À la recherche du temps perdu. Oeuvres complètes, publiées sous la direction de Jean-Yves Tadié. Paris, Gallimard, 1987 -- Dictionnaire Marcel Proust, Paris, Honoré Champion, 2004, p. 527 -- Jean-Yves Tadié, Marcel Proust. Paris, Gallimard, 1996 -- R. Speck, Cher ami ... votre Marcel Proust. Gand, Snoeck Publishers, 2009, BPRS 149