CHARRON, Pierre

De la Sagesse. Livres trois

Bordeaux, Simon Millanges, 1601

UN TEXTE MAJEUR AU XVIIe SIÈCLE.

 

SUPERBE EXEMPLAIRE, TRÈS GRAND DE MARGES, RELIÉ EN MAROQUIN ROUGE VERS 1630.  

 

IL A APPARTENU A ANTOINE LE RICHE AVANT D'ENTRER DANS LA COLLECTION DINCOURT D'HANGARD A LA FIN DU XVIIIe SIÈCLE

 ÉDITION ORIGINALE

In-8

Titre imprimé en rouge et noir. Fleuron gravé sur la page de titre. Initiales, bandeaux et fleurons gravés sur bois

COLLATION : π8 e2 A-Z 2A-Z 3A-B8 3C4

PIECE JOINTE : lors de la reliure de l'ouvrage, un manuscrit de l'Abrégé de la vie de Charron (2 ff., à l'encre, dans un encadrement à l'encre) a été placé à la fin du volume, entre la table et l'errata

RELIURE VERS 1630. Maroquin rouge, double filet doré en encadrement, dos nerfs orné dans chaque caisson d'un encadrement de double filet, tranches dorées

PROVENANCE : Antoine Leriche (1643-1715), secrétaire du roi, avec sa signature ex-libris sur la page de titre -- Pierre-Antoine-François Dincourt, seigneur d'Hangard  (1743-1811).

Cet exemplaire appartient à la seconde collection de ce bibliophile célèbre formée après son retour d'émigration (Catalogue des livres de feu M. Dincourt d'Hangard... Paris, Bleuet, 1812, n° 357 décrit comme "mar. rge. f. b. b. d. s t. [maroquin rouge filets bords à bords doré sur tranche]. A la fin du vol. se trouve un Abrégé de la vie de Charron, ms.)" -- F. L. Henry (ex-libris manuscrit sur l'un des feuillets de garde avec la mention né à Versailles le 12 main 1786  Quelques rares piqûres, petit manque de papier angulaire avec infime perte de texte en 2V4  Pierre Charron (1541-1603) fut l’un des plus grands prédicateurs de son temps. Lors d’une série de sermons à Bordeaux, il rencontra Montaigne qui allait devenir son maître et ami. La biographie de Charron, placée en introduction à l'édition des Oeuvres de 1606, atteste de ce lien et de cette permission donnée par Montaigne de "porter après son décès les pleines armes de sa noble famille". Charron emprunta aux Essais des passages entiers qu’il retranscrivit dans son propre style. Il les cita plus de trois cents fois en sorte que, dans la première partie du XVIIe siècle, de très nombreux lecteurs ne connurent Les Essais que par Charron.   A l'évidence, les polémiques entre ultramontains et gallicans surdéterminèrent la lecture de Montaigne. Charron fut mis à l'Index dès 1605, peu de temps après la seconde édition de 1604, qui connut trente neuf éditions entre 1618 et 1634. On le classa parmi les "politiques", avec Cardan et Juste Lispe, disciples de Machiavel que Gabriel Naudé considérait comme ses pères. Son Mascurat (1650) vantera d'ailleurs Charron qui "enseigne à se bien gouverner soi-même". En ce sens, la lecture de Montaigne par Charron apparaît comme l'une des sources du matérialisme au XVIIe siècle. De la Sagesse montrait déjà un scepticisme affirmé quant à la question de l'immortalité de l'âme, "la plus faiblement prouvée et établie par raisons et moyens humains" (I, 7). Quoique mis à l'Index, le scepticisme de Charron fut aussi défendu par Port Royal et Saint Cyran, qui le considérait comme l'un de ses maîtres. L'inaccessibilité de l'essence divine à l'entendement, prônée par le scepticisme, ouvre en effet la voie à l'humilité, à une forme de réappropriation de l'homme par l'homme. Ecartant le surnaturel des affaires humaines, cette inaccessibilité laissait aussi poindre l'assujetissement tout gallican du religieux au politique. Loin d'être un simple condensé des Essais, De la Sagesse de Charron surplombe donc l'ensemble du XVIIe siècle français.  Nostre dessein en cest œuvre de trois livres, est premierement enseigner l’homme à se bien cognoistre, & l’humaine condition, le prenant en tout sens, & regardant à tout visage ; c’est au premier liure : puis l’instruire à se bien reigler & moderer en toutes choses ; ce que nous ferons en gros par aduis & moyens generaux & communs au second livre ; & particulierement au troisieme par les quatre vertus morales, soubs lesquelles est comprise toute l’instruction de la vie humaine, & toutes les parties du devoir & de l’honneste.  Les exemplaires en maroquin de l'époque sont rares. On ne recense qujourd'hui que ceux des anciennes collections Lindeboom et Guy Pellion, aux marges beaucoup plus courtes (respectivement 151 et 153mm, contre 165mm pour celui-ci). La renommée d'Antoine Leriche (1643-1715), collectionneur de la fin du XVIIe siècle, a été récemment rétablie par l'exposition et le catalogue du Musée Condé à Chantilly. Leriche est cité par Germain Brice dans son guide de Paris en 1698 ("cabinet de livres choisis") et forma, aux côtés de Jérôme Duvivier (né en 1660) et de René François de La Vieuville (1652-1719), un groupe de collectionneurs raffinés maintenant bien connu. C'est là une provenance remarquable pour un texte-source du classicisme français.

RÉFÉRENCES : Tchemerzine, Bibliographie d'éditions originales et rares d'auteurs français, II, p. 253 -- I. de Conihout, P. Ract-Madoux, Reliures françaises du XVIIe siècle. Chefs-d'oeuvre du Musée Condé, préf. de J. Viardot, Paris, 2002, pp. 66-67 et sq.