DESBORDES-VALMORE, Marceline

 

6000 €

DESBORDES-VALMORE, Marceline

La Fuite

Manuscrit autographe signé

vers 1833

“JE CHANTE POURTANT L’INEFFABLE MYSTÈRE”.

 

LONG POÈME DE “L’ARDENTE MARCELINE” (Baudelaire)

Trois pages in-4 (290 x 185mm), à l’encre brune et au crayon.

74 vers en alexandrins, en octosyllabes ou en pentamètres, mis au net

 

RELIURE : vélin ivoire, petit écu « Château de Vertcoeur » frappé au centre du plat supérieur, filets et fleurons dorés en encadrement, dos à la bradel,

ANNOTATIONS : indications de l’imprimeur, dont « Mme Desbordes-Valmore » sous le titre

PROVENANCE : comte René Philippon (ex-libris ; écu frappé sur le plat supérieur). Cet amateur d’art et mécène fit édifier, au XIXe siècle, le château de Vertcoeur à Milon La Chapelle, près de Saint-Rémy-lès-Chevreuses

Ce poème fait allusion à la fuite éponyme du couple Desbordes-Valmore, forcés de quitter la « ville inhospitalière, ville austère » de Rouen après que l’acteur Valmore a été sifflé sur scène. L’ensemble du poème ne s’attarde pas sur ces circonstances factuelles mais sur le sentiment de l’exil, thème si cher au romantisme qui se poursuivra jusqu’à Mallarmé. La « robe blanche » du poète est déchirée pour en avoir trop désiré « une d’azur » (terme mallarméen), l’Icare déchu est ramené au sol d’où il peut enfin faire entendre une voix singulière :

 

C'est ma vie. Un roseau semble plus fort que moi,

je ne m' appuie à rien que je ne tombe à terre,

et je chante pourtant l'ineffable mystère

 

Au milieu de ce poème en alexandrins, Marceline Desbordes-Valmore a inséré deux chansons légères, formées respectivement de vers de cinq et huit pieds :

 

Vallon sans écho

Pour la voix qui pleure,

Où je buvais l’heure

Froide comme l’eau

 

Cette liberté de versification au cœur d’un poème de facture classique sera fréquente dans la modernité à venir. On pense notamment aux « vers nouveaux » de Rimbaud (ou « poèmes du néant » de 1872, selon l’expression de Pierre Michon), dont Comédie de la Soif, ou, pour cette thématique de la soif et de la privation, au poème Larmes :

 

Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,

Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert

 

L’influence de « l’ardente Marceline » (Baudelaire) sur  les poètes maudits n’est plus à rappeler.

 

Ce manuscrit fut remis à l’imprimeur comme l’indiquent les annotations du compositeur « bas de casse noir » ou « net. cap. » et le nom de l’auteur qu’il a écrit sous le titre. Marceline a porté quelques corrections et variantes de vers au crayon. Ce poème fut publié en décembre 1833 dans le périodique illustré, le Musée des Familles, puis en volume dans Pauvre Fleurs (1839). Le poème, augmenté dans les éditions suivantes, paraîtra sous le titre L’Amour déçu puis Affliction.

RÉFÉRENCE : Cavallucci, Bibliographie de Desbordes-Valmore, p. 228