SERRES, Olivier de. Seigneur du Pradel

Le Théâtre d'agriculture et mesnage des champs ...

Paris, De l’imprimerie et dans la librairie de Madame Huzard, An XII [1804]

L’UN DES GRANDS CLASSIQUES FRANÇAIS.

 

TRÈS BEL EXEMPLAIRE DE JEAN-BAPTISTE HUZARD, LE MAÎTRE D’OEUVRE DE CETTE REMARQUABLE ÉDITION.

 

À GRANDES MARGES, DANS UNE FINE RELIURE DE MAROQUIN SIGNÉE DE BOZERIAN.

 

EXEMPLAIRE CITÉ PAR BRUNET

4 parties en 2 tomes reliés en 4 volumes in-4 (296 x 222mm)

Texte imprimé sur deux colonnes. Vignette typographique de Madame Huzard imprimée sur les pages de titre, culs-de-lampe gravé sur bois

 

COLLATION : xcii-204, (4)-468 [ch. 205 à 672], xliv-524, (4)-424 pp. [ch. 525 à 948]-(4 bl.)

CONTENU : t. I : liste des souscripteurs, Éloge d’Olivier de Serres, seigneur du Pradel par François de Neufchâteau, Épitre à Olivier de Serres... par François de Chalendar (1599), Pièces relatives à cette nouvelle édition et à l’éloge d’Olivier de Serres, ÉDITION ORIGINALE de l’Essai historique sur l’état de l’agriculture en Europe au seizième siècle par Henri Grégoire, Poésies des contemporains... sur [le] Théâtre d’Agriculture, texte : Le Théâtre d’Agriculture et Ménage des champs, chaque Lieu du texte original est suivi de nombreuses Notes proposées par les différents rédacteurs, chacun dans leur spécialité, et qui font référence aux publications les plus récentes des agronomes et économistes du XVIIIe siècle ; (vol. II) : Troisième lieu. Du vin, avec plus de 184 pp. de Notes sur la vigne et le vin, Quatrième lieu. Du bestail à quatre pieds ; (vol. III) : Seconde liste des souscripteurs, Supplément à l’éloge d’Olivier de Serres par François de Neufchateau, Notice bibliographique des différentes éditions du Théâtre d’Agriculture... par J. B. Huzard, avec des corrections typographiques manuscrites peut être de la main de Huzard aux pp. xxii et xxv, Cinquième lieu... De la conduite du poulailler, et ses NotesSixième lieu... Des Jardinages... et les Notes ; (vol. IV) : Septième lieu... De l’eau et du bois, et les Notes, Huitième lieu... De l’usage des alimens et de l’honneste Comportement en la Solitude de la Campagne, et ses Notes, Vocabulaire des mots anciens inusités ou particuliers à la France méridionnale..., Table 

ILLUSTRATION : (vol. I) : portrait frontispice d’Olivier de Serres par B. Roger, (vol. II) : frontispice gravé représentant la colonne élevée à Olivier de Serres par “M. C. Caffarelli, Préfet du département de l’Ardèche” située à Villeneuve-de-Berg en Ardèche, et avec 1 planche représentant une meule ; (vol. III) : 16 planches de jardin, et 2 vignettes dans le texte dessinées par Maréchal et Marillier, gravées par Ponce

 

TIRAGE : UN DES RARISSIMES EXEMPLAIRES RÉIMPOSÉS EN 4 VOLUMES SUR VÉLIN FORT, SEUL GRAND PAPIER, dont l’existence n’est mentionnée ni par Quérard ni par Monglond, mais seulement par Brunet et Thiébaud. “Il existe des exemplaires en grand papier vélin, divisés en quatre volumes, qui sont fort rares” (Thiébaud, col. 844). Le tirage sur papier ordinaire forme deux volumes in-4

PIÈCE JOINTE :

- avec un bifolium imprimé ajouté ici comme dans les autres exemplaires sur vélin: «À la mémoire d'Olivier de Serres, la Société d'Agriculture du département de la Seine. Offert à M. d'Arlempde de Mirabel pour être déposé au Pradel. 1807»

- portrait gravé de Huzard, inséré après sa mort (vol. III, p. xxi) en face de sa Notice bibliographique

RELIURES DE L’ÉPOQUE SIGNÉES DE BOZERIAN. Maroquin rouge à grain long, décor doré, encadrement d’une roulette avec fleurons d'angles aux soleils, dos à nerfs filetés avec médaillons floraux aux mille points, coupes filetées, gardes de tabis bleu, tranches dorées

PROVENANCE : Jean-Baptiste Huzard, Membre de l’Institut

Coupes très légèrement frottées. Infime trou de ver à un mors, tache d'encre marginale à la p. 469 du dernier volume, première garde du premier volume brunie

Originellement paru en 1600, l'ouvrage rencontra un grand succès mais cessa d'être réédité après 1675, en raison d'une langue magnifique mais trop datée, à l’époque de la naissance du classicisme français. Olivier de Serres (1539-1619) avait affiché un protestantisme militant qui n'était plus de mise après la révocation de l'édit de Nantes. Le Théâtre d'agriculture n'en fut pas pour autant oublié : des hommes tels que le fils de Montesquieu, Antoine-Augustin Parmentier, Pierre Jean-Baptiste Le Grand d'Aussy, Albrecht von Haller ou Arthur Young y firent référence avec admiration. La présente édition de 1804 fut la première mise en train depuis 1675. Elle se fonde principalement sur le texte de l'édition augmentée de 1603, et n'en modernise que l'orthographe en y adjoignant un lexique. Il existe une édition de 1802, par Anselme-Marie de Gisors, qui n’est qu'une médiocre opération de librairie lancée après la parution des deux prospectus Huzard de 1795 et 1799. Olivier de Serres apparaît ici comme le premier agronome moderne. Il traite de toutes les matières de l’agriculture : la terre, le défrichement, le drainage, le blé, le bétail, l’eau et le bois, les recettes domestiques… Il est à l’origine de cultures nouvelles comme le houblon, la betterave, le mûrier et même la pomme de terre. Il la décrit sous le nom de cartoufle, donne des conseils pour sa culture et sa conservation en hiver.

 

Le vétérinaire Jean-Baptiste Huzard, membre de l'Institut et époux de l'éditrice, en a établi le texte et s'est adjoint les précieuses collaborations du botaniste Augustin-Pyramus de Candolle, du pépiniériste Jacques-Martin Cels, du médecin et chimiste Jean-Antoine Chaptal, des agronomes Louis Dussieux et François de Neufchâteau, de l’industriel Charles-Philibert de Lasteyrie, de Antoine-Augustin Parmentier, de Philippe-André de Vilmorin, etc. La qualité de l'édition tient à cet apparat critique. Les auteurs célèbrent le bon sens d'Olivier de Serres qui se tenait généralement éloigné des innovations hasardeuses comme des préjugés, le louent d'avoir le premier exposé la théorie et la pratique du jardin fruitier, d'avoir encouragé la culture en espaliers, mais n'hésitent pas, en revanche, à souligner ses erreurs et contradictions, pour beaucoup propres au XVIe siècle. Les notes se développent en de véritables études autonomes, fondés sur les connaissances récentes. Huzard traite par exemple des jardins («lieu» VI, chapitre 13) et de la vénerie (VIII, 8), Parmentier traite de l'incubation artificielle (V, 2), François de Neufchâteau traite de la vigne et du vin (III, 14) ou encore du cidre (III, 15). L'abbé Henri Grégoire signe pour sa part un long essai introductif sur l'agriculture au XVIe siècle, marqué par l'esprit des Lumières et les théories physiocratiques.

 

Jacques-Charles Brunet considérait cette édition comme la meilleure en raison de ses pièces supplémentaires : une notice bibliographique en tête du tome II établit l’existence de vingt éditions depuis l’originale en 1600, et précise qu’elle ne comprenait ni La Cueillette de la soie ni La seconde richesse du meurier blanc qui figuraient dans les éditions postérieures. Cette édition présente deux listes de souscripteurs qui dénombrent plusieurs centaines de noms parmi lesquels Napoléon Bonaparte Premier Consul, Joseph Bonaparte, Lucien Bonaparte, Benjamin Delessert, Chaptal, le général Lafayette, les libraires Debure, l’École vétérinaire d’Alfort, le Museum d’histoire naturelle, Parmentier, Vilmorin, des bibliothèques, des libraires… Brunet appréciait tant cette édition qu’il ne donne pas les détails des éditions anciennes, trouvant que celle-ci les a avantageusement remplacées.

RÉFÉRENCES : J.-C. Brunet, Manuel du libraire, V, col. 312, qui cite cet exemplaire : “Très-bonne édition de cet ouvrage estimé... Il y a des exemplaires en gr. pap. vélin qui se divisent en 4 volumes. En mar. r. 79 fr. Huzard” -- Thiébaud, Bibliographie des ouvrages français sur la chasse, col. 843-844