[PITHOU, Pierre, Nicolas Rapin et autres].

Satyre ménippée, de la vertu du catholicon d’Espagne, et de la tenue des États de Paris...

Ratisbonne [mais Bruxelles], Héritiers de Mathias Kerner [mais Foppens], 1726

L’ UN DES PLUS CÉLÈBRES PAMPHLETS POLITIQUES FRANÇAIS, DANS L’UNE DE SES MEILLEURS ÉDITIONS, DUE À LE DUCHAT ET À PROSPER MARCHAND, RELIÉE SANS DOUTE PAR ENGUERRAND EN MAROQUIN ROUGE DANS LE STYLE QU’IL AVAIT ADOPTÉ POUR LA BIBLIOTHÈQUE DES LAMOIGNON.

 

EXEMPLAIRE ANTOINE BORDES

Édition de Jacob Le Duchat et Prosper Marchand

3 volumes in-12 (178 x 107mm)

Initiales, bandeaux et culs-de-lampe gravés sur bois
Titres en rouge et noir, marques d’imprimeurs de style rétrospectif imprimées sur les pages de titre
COLLATION : (vol. 1) : frontispice, 5 ff., ii-xxxvi pp., (1)-464 pp., 14 ff. ; (vol. 2) : titre, 2 ff., (1)-522 pp., 19 ff.; (vol. 3) : 2 ff., (1)-596 pp., 17 ff.
ILLUSTRATION : en tout : frontispice au vol. 1, 9 planches dont deux dépliantes et quatre portraits, soit 10 PLANCHES HORS-TEXTE, et 1 planche de médaille dans le texte. (Vol. 1) : frontispice, 2 planches, gravure dépliante de la procession de la ligue, 3 portraits (Barnabé Brisson, Charles de Lorraine, le seigneur Agnoste), une planche de monnaie imprimée dans le texte p. 334, gravure dépliante des Etats de la Ligue ; (vol. 2) : portrait de Bernard de Montgailhard, planche de médaille de Catherine de Médicis

RELIURES DE L’ÉPOQUE ATTRIBUABLES À ENGUERRAND. Maroquin rouge, triple filet doré en encadrement, dos long ornés, tranches dorées
PROVENANCE : Henry Labouchère (ex-libris) -- Antoine Bordes (ex-libris)

 

Les trois pages de titre sont très légèrement plus courtes

Ce pamphlet politique en faveur de Henri IV, dirigé autant contre le parti de la Ligue que contre les prétentions espagnoles, fut publié pour la première fois en 1594. C'est l'œuvre collective de Florent Chrestien, Jacques Gillot, Jean Le Roy, Jean Passerat, Pierre Pithou et Nicolas Rapin ; le texte est agrémenté de quelques pièces de vers. Le thème est une parodie des États généraux de la Ligue qui se tenaient dans la cour du Louvre, en février 1593, convoqués par le duc de Mayenne. Le catholicon était une drogue merveilleuse offerte par les charlatans dans la foire, celui des Espagnols remplaçant la vertu et celui des Lorrains palliant le manque d'argent ; les deux partis voulaient imposer un roi étranger.

L'œuvre tire son nom du goût qu'avaient ces érudits auteurs pour les modèles antiques, se souvenant des satires du célèbre disciple de Diogène, le philosophe cynique Ménippe, du quatrième siècle avant Jésus-Christ, et influencés sans doute par la publication, en 1581, de la Satira Menippæa du philosophe flamand Juste Lipse, qui fut honoré presque à l'égal d'Erasme.

Depuis Rabelais, le génie gaulois n'avait rien produit de plus brûlant, écrit le dernier bibliographe de ce livre, Yves Cazaux (Revue française d'histoire du livre, n° 34, 1982, p. 3). Charles Nodier, qui avait réédité la Satyre en 1824, remarquait que là brillait de tout son éclat l'esprit et le caractère français. Pierre Champion nommait l'ouvrage : “livre de grand patriotisme et de solide bon sens, résumant notre histoire, vue sous l'angle des divisions excitées par l'étranger dans le dessein d'affaiblir la France”.

Cette édition due à Jacob Le Duchat (1658-1735), savant érudit auteur de la première édition critique de Rabelais et protestant lorrain exilé en Prusse, fut publiée pour la première fois en 1709. Elle est ici pour la première fois accompagnée des précieux commentaires de Prosper Marchand (1678-1756), autre érudit célèbre et libraire protestant réfugié à La Haye. On doit à leur collaboration une remarquable édition de François Villon publiée à La Haye en 1742.

Les beaux exemplaires de la Satyre ménipée sont rares surtout en maroquin d’époque. L’un d’eux, relié par Trautz-Bauzonnet, s’est vendu €5.000 sans les frais à Drouot (13 mai 2009, lot 180)

RÉFÉRENCES : J.-C. Brunet, Manuel du libraire, V, col. 145 -- Cohen-de Ricci, Guide de l’amateur de livres à gravures du XVIIIe siècle, col 939, qui annonce 9 planches dont le frontispice répété deux fois, mais cette répétition n’est pas requise pour la complétude de l’ouvrage dont le nombre d’illustrations variait, sans doute selon la qualité du commanditaire