OVIDE

Métamorphoses en rondeaux imprimez et enrichis de figures par ordre de sa majesté, Et dédiez à Monseigneur le Dauphin

Paris, Imprimerie Royale, 1676

TRÈS BEL EXEMPLAIRE DE PRÉSENT EN MAROQUIN AUX ARMES DE LOUIS XIV, IMPRIMÉ SUR GRAND PAPIER. L’UN DES LIVRES ILLUSTRÉS LES PLUS RÉUSSIS DU XVIIe SIÈCLE FRANÇAIS

ÉDITION ORIGINALE de la traduction de Benserade et PREMIER ÉTAT

In-4 (291 x 205mm)
Vignette de titre aux armes royales et deux culs-de-lampe gravés au burin
TIRAGE : EXEMPLAIRE SUR GRAND PAPIER. Trois états sont connus, le premier où toutes les planches sont correctes, un autre où à la p. 335, Ganymède est à l’envers, et enfin un état où sur la page 63 et 65 les vignettes d’Actéon et Diane et Sémélé-Zeus ont été mises à l’envers . Elles ont été alors recouvertes par une vignette volante (cf. J. Buechler, art. cit. infra)
COLLATION : 7 ff., tit. et front. compris, 463 pp., 1p. et 4 ff. n. c.
ILLUSTRATION : titre-frontispice dessiné par Charles Le Brun gravé au burin et à l'eau-forte par Sébastien Le Clerc, et 226 vignettes dessinées et gravées au burin et à l'eau-forte par François Chauveau, Sébastien Le Clerc et Jean Lepautre

RELIURE STRICTEMENT DE L’ÉPOQUE. Maroquin rouge, décor doré, armes royales au centre des plats, encadrement d’un triple filet doré, dos à nerfs très orné avec lys couronné dans les caissons, tranches dorées sur marbrures
PROVENANCE : ancienne collection Bernard Malle

Célèbre depuis longtemps et à juste titre, ce livre des Métamorphoses d’Ovide transformées en rondeaux par Isaac de Benserade, doit maintenant être recherché pour l’élégance de sa mise en page qui rompt avec la facialité texte/image de bon nombre de livres illustrés. On sait que Louis XIV distribua certains exemplaires de présent reliés en maroquin à ses armes durant le second semestre de 1676. La plupart de ces exemplaires de présent comportent des feuillets ternis, ce qui n’est pas le cas de celui-ci, impeccablement blanc.

“Sébastien Leclerc a souvent gravé d’après Le Brun. Mais son plus grand mérite est d’avoir, par l’invention, ou tout au moins par l’usage constant de la vignette, rendu au livre sa construction logique souvent abandonnée au cours du siècle avec l’emploi des grands hors-textes... Les Métamorphoses d’Ovide en rondeaux de Benserade, composées en 1676 avec les caractères de l’Imprimerie royale, s’ornent d’un grand nombre de ces vignettes” (Le Livre. Les plus beaux exemplaires de la Bibliothèque nationale, Paris, 1942, p. 80).

Cet ouvrage compte donc parmi les plus beaux livres français illustrés du XVIIe siècle. Il doit attirer l’attention des amateurs et trouver sa place à côté du Philostrate, des Délices de l’esprit également illustré par Chauveau, et, à l’évidence, de l’édition originale des Fables de La Fontaine illustrées par Chauveau tant sa maquette semble proche de ce chef-d’oeuvre du livre français. Cet ordonnancement du livre prélude aux Fables de La Motte que Gillot illustrera en 1719.

L’édition de Benserade fut commandée à grands frais par Louis XIV. Selon Pierre Bayle citant l’abbé François Tallemand, frère de Tallemand des Réaux, il en couta 10.000 livres au Roi, somme immense. Louis XIV commençait à se détacher de Madame de Montespan et devenait amoureux de la belle Madame de Ludre. Le rondeau de la métamorphose d’Io en déesse ne trompa personne, Io étant le surnom de Mme de Ludre. En outre, trois rondeaux, à la fin du volume, donnent en acrostiche le nom de Mme de Ludre et de “Louis Quatorze”, et font ainsi l’aveu de leur amour. 

RÉFÉRENCES : J.-C. Brunet, Manuel du libraire, IV, 288 -- A. Tchemerzine, Bibliographie des éditions originales et rares d'auteurs français, II, 139 -- Jombert, Cat. raisonné, I, p. 124 -- J. Buechler, The Papers of the Bibliographical Society of America, vol. 75, n° 3, 1981, pp. 309-310 -- Méaume, « Note sur une édition originale d’un ouvrage de Benserade servant à éclaircir un point de l’histoire galante de Louis XIV », Bulletin du bibliophile, 1875, p. 285 -- Marie-Claire Chatelain, Ovide savant, Ovide galant, Paris, 2008, p. 365 et suiv.