MOREAU DE SAINT-MÉRY, Médéric Louis Élie

Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l'Isle de Saint-Domingue

Hambourg, chez les principaux Libraires, Philadelphie, chez l'Auteur ; Paris, Dupont, 1797-1798

UN DES PREMIERS LIVRES IMPRIMÉS SUR UNE PRESSE FRANÇAISE EN AMÉRIQUE.  

EXEMPLAIRE DU VICE-AMIRAL DENIS DECRÈS, MINISTRE DE LA MARINE DE NAPOLÉON

ÉDITION ORIGINALE  
2 volumes in-4
COLLATION : tome 1 : 788 pp.ch. et 1 carte dépliante ; tome 2 : VIII, 856 pp. ch. et un tableau dépliant 

ILLUSTRATION : grande carte dépliante, dessinée par Sonis en 1796 et gravée par Vallence, représentant l'île de Saint-Domingue. Un tableau dépliant donnant l'"Itinéraire de la Colonie française et de la Ville de Santo-Domingo, Capitale de la Partie Espagnole"
RELIURES DE L’ÉPOQUE. Veau fauve raciné, encadrement doré sur les plats, dos longs ornés, tranches marbrées

PROVENANCE : Denis Decrès, ministre de la marine de Napoléon (ex-libris)

Médéric-Louis-Elie Moreau de Saint-Méry est né à Fort Royal, en Martinique, où ses ancêtres, originaires du Poitou, s'établirent au XVIIe siècle pour occuper des postes à responsabilité judiciaire sur l’île. A l’âge de dix-neuf ans, il rejoignit la garde royale à Paris, avant d’être reçu au barreau. Il retourna en Martinique, puis exerça son métier de juriste à Cap-François, à Saint-Domingue. Il fut chargé par le roi Louis XVI de parcourir les Antilles pour y rechercher les éléments d'un code colonial puis effectua un nouveau voyage à Paris pour publier ses textes juridiques, dont les six volumes des Loix et Constitutions des Colonies Françaises de l'Amérique sous le Vent, parus entre 1784 et 1790. 

 

 "During the French revolution, he narrowly escaped the guillotine by fleeing with his wife and two children to America, and landed at Norfolk, Va., on Mar. 8, 1794. After working there as a shipping clerk, he went to New York and obtained another similar job. He then moved to Philadelphia and set himself up in business as a bookseller, printer, and stationer. His little shop became the rendezvous of the French émigrés. Noailles, Volney, Talon, Démeunier, la Colombe, la Rochefoucauld-Liancourt, de Beaumetz, and many others met there every night. In spite of the fact that Saint-Méry followed a humble calling, selling books, maps, music, and even woolen socks, gouty mittens, and "gallices," his erudition and intelligence gained for him many friends among the Anglo-Saxon intellectuals of the city. He had been a nonresident member of  the American Philosophical Society since 1789, and in January 1795 was made a resident member." (Dictionary of American Biography, pp. 156-157). 

 

Le jeune Talleyrand, qui séjourna en  Amérique d'avril 1794 à juin 1796, fréquenta assidument l'imprimerie-librairie de Moreau de Saint-Méry, véritable rendez-vous des émigrés français à Philadelphie. Talleyrand avoue qu'on y cédait au plaisir de "faire de la grande politique et d’arranger le monde" (Prince de Talleyrand, Mémoires). Il prenait d'abord son dîner chez Théophile Cazenove, installé dans la grande artère commerçante, au 276 de l'actuelle Market Street où venaient refluer d'eux-mêmes les remous de la spéculation en bourse. Puis il allait commenter les livres récents et les nouvelles chez  son compatriote Moreau de Saint-Méry dont la librairie se tenait au coin de l'aristocratique rue des Noyers. Talleyrand, qui ne soupait pas, le regardait manger son riz au lait en faisant honneur à son madère, les clients hésitaient à entrer dans la boutique où l'entretien menait grand tapage : 

 "Combien de fois, Talleyrand arrivé jusque dans la petite cour placée au bas de mon escalier, le remontait et prolongeait la soirée. Il cédait enfin, lorsque ma femme lui disait : ‘Vous ferez demain le paresseux dans votre lit jusqu'à midi, tandis qu'à sept heures du matin votre ami sera forcé d'ouvrir son magasin’" (Moreau de Saint-Méry, Voyage aux Etats- Unis de l'Amérique 1793-1798) 

 

 Le nombre et la qualité de textes imprimés par la petite presse américaine de Moreau de Saint-Méry, en moins de quatre ans, est impressionnant, principalement par les nombreux pamphlets rédigés par lui ou ses amis. Il avait déjà fait paraitre en 1796 une Description topographique et politique de la partie espagnole de l'isle de Saint-Domingue avant cette Description de la partie française de l'Isle Saint-Domingue (1797-98). La qualité de ses publications, tant par leur contenu que par leur exécution placent Moreau de Saint-Méry parmi les meilleurs "proto-imprimeurs" d’Amérique.  La Description de la partie française de l'Isle de Saint-Domingue fourmille "de renseignements précieux pour l'histoire des Indes Occidentales. Tout avait été écrit, jusqu'en 1789, sous les yeux des habitants des colonies et avec l'aide des connaissances de beaucoup d'entre eux. Aucun autre historien avant Moreau de Saint-Méry n'avait passé quatorze ans à chercher soit dans la colonie, soit à Versailles, des détails historiques destinés à rendre plus utile sa description topographique" (Anthony Louis Elicona, Moreau de Saint-Méry, p. 143 et suiv.) 

RÉFÉRENCES : Sabin, 50571 -- Leclerc (1867), 1038 -- Leclerc (1878), 1397 : "extrêmement rare" -- Moreau de Saint-Méry, Voyage aux Etats-Unis de l'Amérique 1793-1798, Paris, Société française d'histoire d'outre-mer, 2007

 

BKS : 5241

 

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