DAMHOUDER, Josse de

La Practicque et enchiridion des causes criminelles, illustrée par plusieurs elegantes figures... fort utile & nécessaire à tous Souverains, Baillifs, Escoutestes, Mayeurs, & aultres Justiciers & Officiers

Louvain, Estienne Wauters & Jean Bathen, 1555

LE DROIT ET L’IMAGE : BEAU MANUEL ILLUSTRÉ DE PROCÉDURE CIVILE.

ÉLÉGANT EXEMPLAIRE EN VEAU BLOND PROVENANT DE LA COLLECTION D’ADOLPHE AUDENET ET RELIÉ À SES ARMES

ÉDITION ORIGINALE de la traduction française, second état de la page de titre à la date de 1555

In-4 (195 x 140mm)
Caractères italiques. Marque typographique imprimée sur la page de titre, initiales gravées imprimées en noir sur fond blanc, dédicace à Charles de Berlaymont, seigneur de Hierges, datée du 20 octobre 1552. Il était chef des finances des Pays-Bas
COLLATION : ¶ A-Z 2A-Z 3A4 : 192 feuillets
ILLUSTRATION : 56 gravures sur bois imprimées à pleine page, toutes sauf la dernière, placées dans de beaux encadrements architecturaux maniéristes, architecturaux ou historiés
RELIURE VERS 1840. Veau blond, décor doré, armes au centre des plats, triple filet en encadrement, dos à nerfs très orné, tranches mouchetées
PROVENANCE : Adolphe Audenet (1800-1872), avec ses armes, le livre est cité dans le catalogue de sa vente de 1839 (Catalogue d’une précieuse collection de livres anciens et rares, Paris, Techener, 1839, n° 50) mais l’exemplaire est alors relié en vélin. VERIFIER LES DEUX AUTRES VENTE AUDENET 1841 et 1874

Quelques taches d’encre de taille infime à la fin du volume. Charnières usées et restaurées, l’ouvrage est en bon état

Cet ouvrage de droit fameux par son illustration - et les livres juridiques en sont le plus souvent dépourvus - fut d’abord publié en latin en 1554 avec cinquante-sept gravures. Ici, le texte d’origine a été légèrement réduit. J.-C. Brunet lui-même dans son Manuel attache peu d’importance à l’année de publication de l’édition originale française puisqu’il la laisse indécise, “1554 ou 1555”, lorsqu’il décrit l’ouvrage. Les rares exemplaires rencontrés à la date de 1555 sont identiques à ceux datés de 1554, à l’exception de la modification du millésime.

Josse de Damhouder (1507-1581) était un brillant juriste d’origine flamande. Il fut docteur en droit de l’université d’Orléans puis retourna à Bruges. Il devint conseiller des Finances de Charles Quint. Philippe II l’éleva aux plus hautes charges de justice des anciens Pays-Bas. Son œuvre juridique connut un immense succès attesté par de nombreuses éditions. Il ne s’agissait pas simplement d’illustrer les pratiques de la procédure civile mais surtout d’unifier des coutumes dans un seul manuel :

“À l’époque où Damhouder vivait à Bruges, les lois criminelles (...) n’étaient pas réunies en un corps de droit (...) Des habitants éclairés de Bruges (...) l’engagèrent à réunir la pratique criminelle du temps en un corps d’ouvrage clair et succinct” (A. Dinaux, Archives littéraires et historiques du nord de la France, t. I, Valenciennes, 1829, p. 190)

Le projet d’illustration avait démarré bien avant l’édition originale latine ; l’une des planches porte ainsi la date de 1551 (E2). Tous les cas juridiques ne purent donc être illustrés contrairement à l’ambition d’origine ; l’auteur avait divisé son travail en 152 chapitres ; il espérait les illustrer de 152 gravures. Dans une sorte de post face, il évoque “la tardive oisiveté des ouvriers” en charge de la gravure, ou encore “la tardiveté & paresse des peintres, & tailleurs [qui] m’ont contrainct d’abbrevier” (p. 366).

Josse de Damhoudere fournit ici un exposé systématique de la procédure civile telle qu’elle était pratiquée au début du XVIe siècle au Conseil de Flandre et au Grand Conseil de Malines. Il était persuadé que les “Enffans de nostre temps sont pires que parcydevant” (Y1v). Le texte se présente comme une sorte de manuel exposant, sans digressions doctrinales ou inutiles, le cheminement de la procédure civile. Il constitue un véritable guide pratique précieux, sinon indispensable, pour celui qui cherche à comprendre la procédure applicable devant les tribunaux.

L’illustration des cinquante-six gravures est très réaliste. Deux d’entre elles sont carrément licencieuses : De stupre ou paillardise commise avec femme mariée, ou à marier (ch. XCII), et De fornication (ch. XCIII). Le recensement des crimes, les explications détaillées de leur nature et les illustrations donnent une image vivante des mœurs du temps. Des faulx monnoyers, De parricide, D’occision de soy mesmes, ou de soy mesmes tuer, D’adultère, De permission d’adultère, De macquereaux, & macquerelage, D’inceste, De ravissement et de nombreuses autres constituent autant de charmantes saynètes.

L’auteur fait aussi l’apologie de la torture dans le but de soutirer des aveux ; il recommande de pratiquer “la manière de géhenner modérément” (p. 62).

RÉFÉRENCES : J.-C. Brunet, Manuel du libraire, II, col. 479 -- Hugh WM. Davies, Catalogue of a collection of French Books in the library of C. Fairfax Murray, II, 683 -- Belgica typographica II, 5548