GEOFFRIN, Madame, née Marie-Thérèse Rodet

 

2 000 €

GEOFFRIN, Madame, née Marie-Thérèse Rodet

Note autographe autobiographique.
1 p. in-8 (178 x 82mm)

[vers 1766]

DANS L’INTIMITÉ DE L’UNE DES PLUS GRANDES FEMMES DU SIÈCLE DES LUMIÈRES.

MADAME GEOFFRIN PARLE DE SON CÉLÈBRE PORTRAIT PAR NATTIER, DE CELUI DE SA FILLE PAR LE MÊME PEINTRE, ET DE SA COLLECTION DE TABLEAUX “QUI ONT TOUS ÉTÉ FAITS SOUS MES YEUX” : NOTE AUTOBIOGRAPHIQUE RÉDIGÉE COMME UN AIDE-MÉMOIRE

“Je suis née le 12 juin 1699 / marié le 14 juillet 1713 / veuve le 20 décembre 1749 / je suis partie pour la Pologne un mercredy 21 may 1766 à 3 heures après-midi, arrivée à Strasbourg le dimanche 25 mai, j’en suis repartie le mercredy 28. Je suis arrivée à Vienne le 7 juin. J’en suis repartie un vendredi 13 juin. Je suis arrivée un dimanche 22 juin à Warsovie sur les 5 heures. Je suis repartie de Warsowie le 10 septembre. Je suis arrivée chez moi le 10 novembre 1766. a mon retour, j’ay fait un séjour à Vienne de trois semaines. je me suis arrêtée plusieurs jours à Dourlac, à Sillery et à Braine //
ma fille est née le 20 avril 1715 / marié le 16 février 1733 / veuve le 26 mars 1737 //
j’ay été peinte par natier en 1738 et ma fille en 1740
[note très certainement due à Charle-Philibert marquis d’Estampes et gendre de Mme Geoffrin :]
“les deux portraits qui sont beaux sont dans la chambre à coucher de ma femme : Mme Geoffrin est représentée tenant un livre ouvert, Mme de La Ferté Imbault tenant un masque à la main vétue d’un domino de bal”
[puis, de nouveau de la main de Mme Geoffrin :]
J’ai commencé la collection de mes tableaux en 1750 ; ils ont tous été faits sous mes yeux”

Encre légèrement pâlie

Cette note intime ne semble pas avoir été extraite des fameux cahiers verts de Mme Geoffrin. Son écriture, aux entames de ligne bien régulière dans la marge de gauche, semble au contraire accréditer l’idée d’une forme de billet ou d’aide-mémoire résumant et mêlant la chronologie intime de deux femmes, la mère et la fille, au travers des dates de naissance, mariage et veuvage. Venus d’un horizon social assez vague, Marie-Thérèse Rodet, la fameuse madame Geoffrin (1699-1777) épousa à quatorze ans, en 1713, François Geoffrin (1665-1749), bien plus âgé qu’elle mais fort riche puisqu’actionnaire de Saint-Gobain. À la mort de celui-ci, madame Geoffrin et sa fille, épouse de Charles-Philibert, marquis d’Estampes et de La Ferté-Imbault, possédaient 13% des actions de la manufacture des glaces de Saint-Gobain.

Madame Geoffrin créa le grand salon des Lumières peint par Lemonnier dans son célèbre tableau. Toutes deux furent portraiturées par Jean-Marc Nattier, en 1738 et 1740 ; les deux tableaux sont conservés au Tokyo Fuji Art Museum. Le portrait de Madame Geoffrin, au coude allongé sur un in-folio, marque la pose sérieuse de celle qui fut l’un des grands mécènes de l’Encyclopédie.  Celui de la marquise de La Ferté-Imbault la montre dans la gaieté un peu provoquante d’un domino de soie et d’un loup noir, elle qui prétendait à une sage folie et écrivit en 1770 son fameux “Troisième voyage de ma raison”. La mère a quarante ans et la fille vingt-cinq ; toutes deux sont d’une extrême jeunesse...

Pour saisir la sympathique saveur de ce petit manuscrit, on se reportera à l’excellente analyse de Benedetta Craveri. Elle peint, à son tour, le contraste passionnant entre la mère et la fille, dont “les deux portraits (...) sont dans la chambre à coucher de ma femme.”

RÉFÉRENCE : B. Craveri, “Madame de La Ferté-Imbault et son monde”, RHLF, 2005, 1, pp. 95-109, consultable sur https://www.cairn.info/revue-d-histoire-litteraire-de-la-france-2005-1-page-95.htm -- Pierre-Marie-Maurice-Henri de Ségur, Le Royaume de la rue Saint-Honoré. Madame Geoffrin et sa fille, Paris, 1897

 

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