BAUDELAIRE, Charles

Lettre autographe signée à sa mère, Caroline Aupick

1861, mercredi 10 juillet

3 pp. in-8, encre brune

“Ma chère Mère,

Voici en abrégé les raisons qui m’ont fait retarder, lambiner, traîner, etc.

1° De l’argent à toucher
2° les épreuves des Réflexions sur mes contemporains [nous : l’Anthologie Crépet] qui ont été imprimées dans un tel désordre, que, moi absent, c’eut été affreux.
3° La certitude de besognes échelonnées d’ici au jour de l’an.
4° Une longue discussion avec un ministère à propos d’une mission à Londres (pour l’année prochaine). (Trop long à raconter). Il faut pour l’obtenir rester dans la Revue européenne. Si je la quitte pour la Revue des Deux Mondes, la mission est perdue.
5° Je voulais que la restauration des deux Greuzes de mon Père, du Boilly et d’autres dessins fut faite presque sous mes yeux. Cela est fait, mais n’est pas sec et conséquemment ne peut être emballé !
Enfin 6° il me reste une grande quantité d’épreuves à corriger, et puis il faut que je surveille frontispice, portrait, fleurons, culs-de-lampe pour une 3e édition des Fleurs (à 25 francs l’exemplaire) que l’éditeur veut risquer. Singulière idée et que je crois mauvaise ! Quelle est la maman qui donnera les Fleurs du Mal en étrennes à ses enfants ? et même quel papa ? 1

Cette petit marionnette que j’insère dans ma lettre est le commencement des portraits successifs que le photographe, doit faire pour guider la gravure. J’ai la plus mauvais idée, non seulement de l’opération en elle-même, mais aussi de l’artiste à qui les lettres ornées, les fleurons, les portraits, frontispice, etc. seront confiés.

Ce que tu dis de Mme Bâton est bien insolite.

 

Mes affaires sont en très bon train d’ailleurs. Nous nous verrons très prochainement.
Plusieurs personnes m’engagent à profiter de la vacance actuelle (Scribe) ou des vacances prochaines probables pour poser ma candidature à l’Académie. Mais le Conseil judiciaire ! Je parierais que même là dans ce sanctuaire impartial, c’est une mauvaise note.

Je t’aime et je t’embrasse

 

CHARLES

Tu seras contente de ton faux Greuze. Je garderai l’autre.”

1. Note : “Le Journal amusant du 10 juillet 1858 a publié une gravure de Darjou, d’après un dessin de Nadar, représentant un père indigné qui s’écrit : “Qu’est-ce qui a pu fourrer les Fleurs du mal de cet affreux mosieu Baudelaire dans les mains de ma fille (Pléiade,p. 737)”. Cf. https://www.photo.rmn.fr/archive/12-582534-2C6NU02M7PJS.html

PROVENANCE : Armand Godoy (n° 156) -- colonel Sickles, Paris, 1er et 2 juillet 1993, n° 5632 -- Aristophil (n° 861)

BKS : 10156

 

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