FREYDIER, Antoine

Plaidoyer de Monsieur Freydier, Avocat à Nismes, contre l'introduction des Cadenats, ou Ceintures de Chasteté

Montpelliier, Augustin-François Rochard, 1750

ÉTRANGE PLAIDOYER CONTRE LES CEINTURES DE CHASTETÉ.  

AVEC LA TRES RARE REPRÉSENTATION GRAVEE EN TROIS PLANCHES DE CET INSTRUMENT PEU GALANT.

BEL EXEMPLAIRE FINEMENT RELIÉ A L'EPOQUE POUR UN AMATEUR

ÉDITION ORIGINALE  
In-8  
Fleuron gravé sur la page de titre, bandeau gravé sur bois
COLLATION : A-B8 C4, le dernier feuillet est blanc, soit 37 pages paginées en chiffre romains plus la page de titre
ILLUSTRATION : une planche hors-texte et dépliante formée de trois gravures à la manière noire collées l'une à l'autre
RELIURE DE L'ÉPOQUE. Veau marbré, dos avec pièce de titre en long, tranches rouges  

Ici, Antoine Freydier, avocat inconnu, plaide "pour la demoiselle Marie Lajon" (dix-huit ans) et contre le "sieur Pierre Berlhe" (trente six ans). Cet homme, séducteur jaloux d'une jeune fille sans doute simple, l'avait engrossée après lui avoir promis le mariage. Il la retint enfermée dans quelques maisons obscures de différentes villes du Midi puis lui imposa le port d'une ceinture de chasteté tout en refusant de l'épouser. Elle finit par s'enfuir et porta plainte contre son geôlier. La plaidoirie de l'avocat Antoine Freydier, inscrit au barreau de Nîmes depuis 1742, connut à Paris un succès considérable - ce qui explique l'élégante reliure de cet exemplaire. Le baron de Grimm se fait l'écho le 21 septembre 1750 de "cette jalousie si opposée à nos manières [qui] a indisposé toutes nos dames" (Friedrich Melchior von Grimm, Correspondance, ed. M. Tourneux, Kraus reprint, t. I, p. 478). Freydier citait à l'appui de ses dires la Genèse, les Pères de l'Eglise, saint Isidore, Platon et les philosophes anciens.

Cette "tradition" semble venir d'Italie. Rabelais met dans la bouche de Panurge le célèbre : "le diable m'empourte si je ne boucle ma femme à la bergamasque" (liv. III, ch. XXXVI). Voltaire avait évoqué cette coutume italienne dès 1716 dans son poème "Le Cadenas" :   

Je voudrais donc, pour votre sûreté,
Qu'un cadenas, de structure nouvelle,
Fut le garant de sa fidélité.  

Diderot condamne au cadenas le bijou de Fatmé dans ses Bijoux indiscrets ; il décrira la ceinture de virginité dans l'Encyclopédie. On connaît une représentation antérieure de ceinture de chasteté, au frontispice d'un petit roman rare : L'Ecole des maris jaloux (Neuchâtel, 1698)  La seule véritable description bibliographique de ce factum a été faite par Charles Nodier dont l'attention fut retenu par ce curiosa si rare. Il en possédait un exemplaire en reliure doublée de Bauzonnet qu'il décrit ainsi :

"La singularité du sujet de ce plaidoyer le fait rechercher dans les ventes, où il est parvenu quelquefois à des prix fort disproportionnés avec sa valeur réelle ; mais il faut trouver à la fin une gravure ou pliée ou coupée en trois planches qui représente la ceinture de chasteté et qu'on avait fait exécuter à très petit nombre pour l'instruction des juges." Description d'une jolie collection de livres, Paris, Techener, 1844, n° 60 (adjugé 47 francs).

Rien de plus normal que de trouver un exemplaire à la Bibliothèque du Conseil d'Etat (Antoine-Alexandre Barbier, Catalogue, Paris, an XI, n° 1028). Pascal Pia précise pour les exemplaires de la Réserve de la BnF que le premier est très rogné (170 x 100mm) en demi basane ancienne, le deuxième est "en demi toile brune" et le troisième relié dans un recueil factice. Curieusement, et sans doute parce qu'il ne l'a jamais vue, Pia ne parle pas de la planche. Le catalogue de la BnF ne mentionne pas son existence pour ces exemplaires. L'exemplaire Leber conservé à Rouen comporte la planche. Le fonds Louis Médard conservé à la bibliothèque de Lunel présente un autre exemplaire Nodier en demi reliure de Thouvenin avec deux gravures postérieures ajoutées par Nodier dont l'une d'après Moreau le jeune. Un exemplaire en veau fauve est passé dans la collection du vicomte de Morel-Vindé (Paris, 1822, n° 337). Cet ouvrage manquait à la collection Nordmann. Les exemplaires conservés aux Etats Unis (Library of Congress, Univesity of Texas, Harvard) comme à Londres (British Library) ne sont pas décrits comme possédant ces trois planches.

L'édition de 1750 connut de nombreuses rééditions : par Jules Gay en 1863 et à Montpellier en 1870. Cette dernière édition ne comporte que deux planches sur les trois.

RÉFÉRENCES : J.-C. Brunet, Manuel du libraire, II, col. 1393 ("la figure du cadenas qui doit se trouver dans ce volume manque à beaucoup d'exemplaires"), ne cite que deux exemplaires : Méon et Duriez -- J.-M. Quérard, La France littéraire, Paris, Didot, 1829, t. III : 216 : "les figures manquent dans beaucoup d'exemplaires" -- J.-G.-T. Graesse, Trésor des livres rares et précieux, t. II, p. 633 : "avec une gravure coupée en trois planches représentant la ceinture de chasteté (qui manque souvent)" -- Henri Cohen et Seymour de Ricci, Guide de l'amateur de livres à gravures du XVIIIe siècle, 1912, col. 412 qui ne cite que l'exemplaire Béhague relié au XIXe siècle par Hardy et l'exemplaire Leber qui ne comportait que deux figures sur trois -- Pierre Wald Lasowski, Dictionnaire libertin. La langue du plaisir au XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 2011 -- Pascal Pia, Les Livres de l'Enfer, Paris, Fayard, 1998, col. 1137