BOSSUET, Jacques Bénigne

 

16 000 €

BOSSUET, Jacques Bénigne

Oraison funèbre de Henriette Marie de France,

reine de la Grand’ Bretagne Prononcée le 16. Novembre 1669. en presence de Monsieur Frere unique du Roi, & de Madame, en l’Eglise des Religieuses de Saincte Marie de Challiot (sic), où repose le Coeur de sa Majesté

Paris, Sébastien Mabre-Cramoisy, 1669

LA PREMIÈRE ORAISON FUNÈBRE DE BOSSUET : CELLE DE LA REINE HENRIETTE-MARIE DE FRANCE, REINE D’ANGLETERRE. CETTE ÉDITION ORIGINALE D’UNE GRANDE RARETÉ EST L’UNE DES PLUS RECHERCHÉES DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE DU XVIIeSIÈCLE :

« la plus rare des oraisons funèbres de bossuet » (catalogue j. a. bonna)

ÉDITION ORIGINALE

In-4 (225 x 168mm)

Vignette aux armes de Henriette de France, reine d’Angleterre gravée sur la page de titre, bandeau et cul-de-lampe gravés tels que décrits par Le Petit pour l’édition originale de 1669, initiale gravée. Certains exemplaires de l’édition originale, comme celui-ci, portent au bas de la page de titre la mention « avec privilège de sa majesté », d’autres pas

COLLATION : π2 A-G4, sans le premier ni le dernier feuillet blanc

 

RELIURE SIGNÉE PAR CHAMBOLLE-DURU. Maroquin bleu, triple filet doré en encadrement, tranches dorées

Cette première des six oraisons funèbres de Bossuet, la plus rare, inaugure l’un des grands moments de la littérature française. L’oraison funèbre n’est pas née avec Bossuet, mais sa superbe maîtrise de la langue l’a fait changer de registre.

 

Henriette Marie de France, fille de Henri IV et de Marie de Médicis, naît le 25 novembre 1609. Elle se marie à Charles Ier d’Angleterre en 1625 et devient Reine de la Grand’ Bretagne. Ce roi Stuart est celui que Cromwell renversa et fit décapiter le 30 janvier 1649. Henriette Marie s’était donnée le surnom de « reine malheureuse ». Dès son mariage, elle avait refusé de se convertir à la religion de son Prince. Le cardinal de Bérulle avait organisé sa Chapelle privée - dont parle Bossuet - et avait confié l’âme de la reine à une dizaine d’oratoriens suractifs qui eurent tôt fait d’exaspérer les commerçants de la Chambre des Communes. Ils ne craignaient riens moins que le retour du catholicisme. Il aurait signifié pour eux l’annulation de la confiscation des biens du clergé qu’Henry VIII avait généreusement distribués. Cette Chapelle de Somerset House devint un foyer de contestation catholique. On le perçoit sous le propos de Bossuet comparant la situation des catholiques anglais à celle des juifs à Babylone : « Ainsi la pieuse Reine consoloit la captivité des Fidèles, & relevoit leur espérance » (p. 13). Le roi Charles avait en effet saisi l’incompatibilité entre l’établissement d’une monarchie absolue en Angleterre, calquée sur le modèle façonné par Richelieu pour Louis XIII, et la (bienfaisante) liberté des consciences. L’église catholique était bien la seule capable de l’aider dans la construction d’un état anglais qui lui aurait permis de tenir son rang en Europe. Au lieu de cela, le Parlement lui refusait tout subside, l’empêchait de lever des armées et le réduisait à jouer les seconds rôles. Et l’église anglicane se perdait en chicanes théologiques infinies.

 

Cette première oraison funèbre de Bossuet est donc une oraison politique ; la seconde, celle de Henriette duchesse d’Orléans, sera plus intime et plus dramatique. S’affligeant sur la mort de la reine et sur les troubles incessants de l’histoire de l’Angleterre, l’évêque de Condom, tout juste nommé, dessine en creux la force évidente d’un absolutisme louis-quatorzien naissant qui fait du catholicisme le socle de l’état. A entendre Bossuet, au couvent des Visitandines de Chaillot, la cour de France buvait le lait du paradis : Bossuet fut nommé précepteur du Dauphin en septembre 1670. Il abandonna aussitôt son évêché gascon pour préférer les fastes de Louis XIV qui bientôt s’installera à Versailles.

 

Cette édition originale manque au Cabinet des livres de Chantilly alors que le duc d’Aumale, en raison des liens qui unissaient le Grand Condé et l’évêque de Meaux, était parvenu à réunir une très belle collection de Bossuet. Worldcat ne recense qu’un seul exemplaire aux Etats Unis, celui de la Newberry Library à Chicago. Il provient du Séminaire de Saint Sulpice à Paris mais les huit premières pages de texte, anciennement manquantes, ont été complétées par des feuillets manuscrits. Le manuscrit de cette oraison a disparu ; il subsiste un exemplaire d’épreuves conservé à la British library. On sait aussi que bon nombre des sermons de Bossuet nous sont restés inconnus puisqu’il n’en conservait pas les manuscrits. Son art oratoire jaillissait après une courte et intense méditation commencée peu de temps avant de monter en chaire.

RÉFÉRENCES : V. Verlaque, Bibliographie raisonnée des oeuvres de Bossuet, Paris, 1908, p. 2 : « la première et la plus rare des six grandes Oraisons funèbres de Bossuet. Le manuscrit n’existe plus » -- A. Tchemerzine, Bibliographie des éditions originales et rares d’auteurs français, I, 836 -- J. Le Petit, Bibliographie des éditions originales d’écrivains français du XVe au XVIIIe siècle, p. 404 -- V. de Diesbach-Soultrait, Bibliothèque Jean Bonna. Six siècles de littérature française, XVIIe siècle, n° 29, pp. 51-52 : « la plus rare des Oraisons funèbres de Bossuet »