MONTESQUIEU, Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de

De l’Esprit des Loix

Genève, Barrillot & fils, 1748.

L’ESPRIT DES LOIx : BLANC ET CARRÉ. Remarquable EXEMPLAIRE, AUX MARGES IMMENSES, ET RELIÉ EN VÉLIN DE L’ÉPOQUE.

 

L’UN DES PLUS GRANDS TEXTES DE PHILOSOPHIE POLITIQUE. PMM, n° 197

EDITION ORIGINALE, avec les divers cartons et les deux "r" au nom de l'éditeur

 

2 volumes in-4 (266 x 208mm)

RELIURES DE L’ÉPOQUE. Vélin rigide, titre et tomaison inscrits à l’encre, au dos des volumes, par une main contemporaine, tranches marbrées de rouge

De l’Esprit des Loix paraît à Genève à la fin du mois d’octobre 1748. Le nom de l’éditeur est orthographié avec deux « r ». Il n’y a pas d’errata et on trouve, à leurs places respectives, les divers cartons nécessités par les corrections faites en cours de tirage par l’auteur et les exigences de la censure : « it took four years to write, and when it was finished almost all his friends advised him not to publish it » (PMM). Le livre fut immédiatement mis à l’index, ce qui le rendit particulièrement rare à l’époque. Une deuxième édition parut quelques mois plus tard, à Paris.

 

Sa rareté rend L’Esprit des Loix tout de suite très cher : « dix-huit francs (un prix extrêmement élevé) pour l’édition originale, qui arrive difficilement à Paris depuis la mi-novembre ; quinze pour la réimpression dont Paris est inondé fin janvier » (C. Volpilhac-Auger). Les deux éditions sont ainsi nettement différenciées par leur diffusion, mais aussi par leur écart de prix. Il en découle que ce n’est pas avant l’impression parisienne de la mi-janvier que la fureur pour L’Esprit des Loix put se donner libre cours. On ne compte pas moins de vingt-deux éditions et contrefacons publiées dans les deux années qui suivirent. Le Président de Brosses, collectionneur de livres, écrivait le 20 août 1749 à Loppin de Gémeaux : « Il faut toujours avoir la première édition de ces sortes d’ouvrages. C’est l’original sorti des mains de l’ouvrier ; elle est devenue très chère depuis qu’on en a imprimé d’autres ».

 

Du fait de son interdiction, l’abbé de Raynal, qui suit de très près l’actualité littéraire parisienne, ne fait l’éloge de l’ouvrage que dans la livraison de février 1749 en des termes sans équivoque : « L’Esprit des Loix imprimé depuis quelques mois à Genève et réimprimé depuis peu de jours furtivement à Paris, a tourné la tête de tous les Français » (in Nouvelles littéraires, cité par Grimm). Il salue l’ouvrage comme un chef-d’œuvre et son auteur comme « un très grand homme et qui bien plus est un homme à la mode » (ibid).

 

La parution de cet ouvrage capital marque une rupture dans l’histoire politique des Lumières. Del’Esprit des Loix offre un contre-modèle, fondé sur l’équilibre des pouvoirs, à la monarchie absolue en vigueur, quinze ans avant que Rousseau écrive Du Contrat social.

 

Montesquieu’s theories underlay the thinking which led up to the Americans and French revolutions, and the United States Constitution in particular is a lasting tribute to the principles he advocated (Printing and the Mind of Man).

RÉFÉRENCES : Printing and the Mind of Man, n° 197 -- J.-C. Brunet, Manuel du libraire, III, 1859 -- IV 929 -- Tchemerzine, Bibliographie des éditions originales et rares d’auteurs français, IV, p. 929 --Catherine Voipilhac-Auger, Un auteur en quête d’éditeurs ? Histoire éditoriale de l’oeuvre de Montesquieu (1748-1964), Lyon, 2011 – Grimm, Correspondance littéraire, Paris, Garnier, sous la dir. de Maurice Tourneux, t. I, 1877, XLI, p. 265