BUFFON, Georges-Louis Leclerc, comte de

Histoire naturelle des oiseaux

Paris, Imprimerie royale et Suivant la copie de l’Imprimerie Royale [VII-X], 1770-1786.

REMARQUABLE EXEMPLAIRE DE L’UN DES PLUS GRANDS LIVRES D’ORNITHOLOGIE, AVEC QUATORZE AQUARELLES ORIGINALES, DONT DIX SIGNÉES DE FRANÇOIS-NICOLAS MARTINET, L’UN DES PRINCIPAUX INITIATEURS DU RENOUVEAU ARTISTIQUE DE L’HISTOIRE NATURELLE AU SIÈCLE DES LUMIÈRES.

 

LES DESSINS DE MARTINET SONT PARTICULIÈREMENT RARES ET MANQUENT AU MUSEUM D’HISTOIRE NATURELLE.

10 volumes in-folio (450 x 325mm) 

ILLUSTRATION : 973 planches dessinées par François-Nicolas Martinet (1731-1800) et remarquablement gravées sous la direction de Louis Jean-Marie Daubenton (1716-1799), toutes délicatement coloriées à la main à l’époque de leur publication 

 

ILLUSTRATIONS ORIGINALES AJOUTÉES : quatorze aquarelles originales, dont dix signées de François-Nicolas Martinet. Les dessins sont au format et portent la même numérotation sur la planche correspondante dans le livre. Ils sont dans le même sens que la gravure, particularité connue du talentueux graveur qu’était Martinet. Ils appartienent tous à la dernière livraison de l’Histoire naturelle. Chacun de ces dessins est relié à la suite de son eau-forte :

- neuf dessins et eaux fortes sont signés et numérotés  de la main de Martinet : 989, Canard musqué ; 995, Canard du Nord ; 999, Sarcelle de l’île Ferroé ; 1001, le Morillon ; 1002, le Millouinam ; 1003, le Pingouin ; 1004, la femelle du Pingouin ; 1007, le Canard brun ; 1008, le Canard de Miclon

- un dessin est signé de Martinet mais l’eau-forte qui lui correspond est non signée : 1000, Sarcelle d’Egypte

- à l’inverse, trois dessins n’ont pas de signature alors que les eaux-fortes leur correspondant sont signées de Martinet : 993, le Petrel ; 1005, le Manchot ; 1006, Oye des terres magellaniques

- un dessin et son eau-forte ne sont pas signés, ni l’un ni l’autre : 988, Hirondelle de Cayenne

 

RELIURE SIGNÉE DE MESSIER (vers 1820). Veau brun poli, double encadrement de bordures et filets dorés ou à froid sur les plats, dos à nerfs

François-Nicolas Martinet (1731-1800), ingénieur et graveur, réalisa la gravure des ouvrages d’histoire naturelle les plus influents de son siècle. À la fin de sa carrière, Martinet, très expérimenté dans la gravure des oiseaux, publia son propre ouvrage d’ornithologie. Le réalisme de ses gravures d’oiseaux le rendit célèbre. Les illustrateurs avaient coutume de ne pas respecter les proportions dans leurs dessins, ne rendant l’identification des oiseaux possible que par des ornithologues expérimentés.

 

Les techniques de conservation des oiseaux n’étaient pas très efficaces et les méthodes variaient beaucoup : conservation dans un liquide, chauffage de l’animal dans un four très chaud ou plongeon dans du vernis, impliquant une modification systématique de la coloration du plumage. Les couleurs de  leurs modèles ne correspondaient pas toujours à la stricte réalité, en particulier pour certains spécimens exotiques. Pour ne pas altérer l’identité des oiseaux, Martinet, comme bien d’autres par la suite, les reproduisait à partir de sujets morts, simplement éviscérés et rembourrés. Son atelier fournissait des estampes réalisées à partir de dessins signés de lui-même et de différents artistes, illustrant des sujets divers dont les planches d’oiseaux commandées par Diderot pour l’Encyclopédie, le Buffon, une Description de Paris ; il est aussi l’auteur d’estampes d’architecture, de paysages, de portraits de genre. Sa carrière est particulièrement identifiée à partir de 1756, moment où il est nommé graveur au Cabinet du Roi, fonction dépendant du Service des Menus Plaisirs. Il signe ses estampes comme graveur ou comme dessinateur, parfois les deux. Auprès de lui travaillent également ses deux sœurs, ainsi que différents artistes, notamment Gravelot et Queverdo.

 

En 1766, alors qu’il préparait son Histoire naturelle générale et particulière, Buffon écrivait à son ami Richard de Ruffey : “Je fais faire en même temps, en planches enluminées, tous les oiseaux qui ont besoin d’être présentés avec des couleurs pour être bien connus, et cela abrège les descriptions de plus de moitié”.

 

Le tirage de ces estampes coloriées à la main, nécessairement limité, ne permit pas à Buffon de les intégrer dans son grand ouvrage, pour lequel il fit graver 262 figures en noir. Il décida, en revanche, de consacrer aux oiseaux cette publication de luxe séparée, qu’il fit tirer dans les formats in-4 et in-folio. Les textes, rédigés par Gueneau de Montbelliard et par l’abbé Bexon, furent revus par Buffon.

 

Comme très souvent, les 35 planches d’insectes en noir n’ont pas été insérées dans l’ensemble. Le relieur a commis une erreur de placement pour les planches 224 et 449.

 

Un article de Mme Kathryn E. Zaharec, du Smithsonian Institute, décrit le rôle majeur tenu F.-N. Martinet dans l’évolution de la représentation de la nature au siècle des Lumières. Nous nous permettons d’en citer quelques passages :  

 

“In the 1700s most of the illustrators, engravers, and other skilled craftsmen and - women who worked on bird illustrations for books were generally considered to be quite separate from the “fine” artists who made paintings of birds for their artistic beauty. This distinction reflects the fact that ornithological books to that point had been produced primarily for the identification and classification of the birds, and draftsmanship was more important than artistic composition and other aesthetic considerations (although there are many notable exceptions in which both science and art are achieved). Printing was in black and white, and any coloring had to be added by hand to the individual prints afterward. Thus, illustrations in books tended more often to be plain black-and-white ; they were more affordable to produce and therefore more affordable to purchase. Hand-colored illustrations were produced in selected instances, but they were labor-intensive, time-consuming, and expensive and consequently were available only to the wealthy. Among those who could afford them, natural-history books containing hand-colored engravings became increasingly popular during the late 1700s. It became fashionable to display folios of hand-colored plates in one’s home ; and individual, loose illustrations were sold for display in portfolios or on walls, again much as we still do.” [nous : Buffon lui-même avait accroché un nombre considérable de planches de Martinet aux murs de sa maison de Montbard]. 

 

François Martinet became well respected for his engravings because he learned how to bring realism to his bird illustrations, a skill not easily acquired. Earlier engravings often depicted birds disproportionately, or outright incorrectly, in stiff, unnatural poses, making it difficult for anyone but an experienced ornithologist to identify the species concerned. Only the most obvious birds such as the hoopoe, with its orange plumage and distinctive headpiece (see plate 24 in Ornithologie), were easily recognizable. In the 1760s, prior to the bird section’s appearance and while sales of the overall set were slumping, L.J.M. Daubenton had conceived the idea of issuing a set of colored plates of specimens from the royal collections in his care. Daubenton commissioned Martinet to produce the plates and began issuing them in 1765 in cahiers (parts or folders) of 24 plates at a time. Although there does not seem to have been a title page ever issued for them, they were referred to in contemporary publications, by Linnaeus for example, under the general title Miscellanea. The first four cahiers (96 plates) consisted primarily of birds but included also 35 plates of other kinds of animals : 28 of insects, 3 of reptiles and amphibians, and 4 of corals. From cahier 5 forward, only birds were illustrated.

 

In 1767, after cahier 6 was published, Daubenton and Buffon seem to have had a falling-out over the purpose and title of the plates, with Buffon prevailing in his desire that they be issued as part of the Histoire Naturelle des Oiseaux. As a result L.J.M. Daubenton (called “the elder”) withdrew from the project ; Buffon and Daubenton’s cousin Edmé Louis Daubenton (1732-1786, called “le cadet,” or “the younger”) continued issuing the plates under the title Planches Enluminées for the planned section on birds. Thus, the Histoire Naturelle des Oiseaux was published both in quarto as volumes 16-24 of the larger work (1770-1783) with 262 black-and-white plates drawn by De Sève, and in a large-paper or folio edition, matching Martinet’s colored plates in size.

 

The Planches Enluminées, whether alone or bound with the text of the Histoire Naturelle des Oiseaux consists of 42 cahiers (6 issued by Daubenton the elder, and 36 by the younger) of 24 plates each, for a total of 1,008 engraved, hand-colored plates. Of this total, 973 are of birds. Although as many as 80 artists were involved in the project, Martinet served as the engraver for all 1,008 of them... It is an altogether extraordinary suite of illustrations.

 

La popularité de François Nicolas Martinet et la reconnaissance de son talent en tant que peintre et graveur d’oiseaux ne cessèrent de prendre de l’importance tout au long du XVIIIe siècle, comme en témoigne sa contribution aux plus importants livres d’ornithologie de son temps :

 

Mathurin Jacques Brisson. Ornithologie. Paris, 1760.

John Ray. L’Histoire Naturelle. Paris, 1767

Denis Diderot et Jean d’Alembert. Encyclopédie. Paris 1768. 21 planches

Edmé Billardon-Sauvigny. Histoire Naturelle des Dorades de la Chine. Paris, 1780.

Benjamin Franklin. Oeuvres de M. Franklin. Paris, 1773.

François Nicolas Martinet. L’Histoire et Description de Paris. Paris, 1779-1781.

François Nicolas Martinet. Adresse... Aux Représentans de la Nation Française [Paris], 1790.

Denis Pierre Jean Papillon de La Ferté. Description du Mausolée pour... Marie Josephe Albertine de Saxe, Dauphine de France... le 3 Septembre 1767. [Paris], 1767.

Description du Mausolée de... Marie-Charlotte-Sophie-Félicité Leszczynska. [Paris], 1768

RéFéRENCES : Nissen, VBI, 158 -- Zimmer, 104-106 -- Anker, 77