TOLSTOÏ, comte Lev Nikolaevitch

 

7 000 €

TOLSTOÏ, comte Lev Nikolaevitch

La Sonate de Kreutzer

Paris, Alphonse Lemerre, 1890

PREMIÈRE ÉDITION EN FRANÇAIS, PARUE AVANT L’ÉDITION RUSSE.

 

CONTRE LE MARIAGE

PREMIÈRE ÉDITION EN FRANÇAIS. Traduction d’Isaac Pavlovsky et J.-H. Rosny aîné.

En 1890, parurent les deux premières éditions en français de La Sonate à Kreutzer sans que Vladimir Boutchik ne donne l’antériorité de l’une sur l’autre.

 

In-8 (186 x 118mm)

TIRAGE : un des cinq exemplaires de tête imprimés sur chine, celui-ci numéroté 3

 

PIÈCE JOINTE : catalogue de l’éditeur Alphonse Lemerre, relié à la suite (deux feuillets)

RELIURE DE L’ÉPOQUE. Toile aubergine, dos à la bradel, tranche supérieure dorée, non rogné

Tolstoï aimait passionnément la musique. Dans les années qui suivirent son mariage, il jouait du piano deux ou trois heures par jour : Schumann, Chopin, Mendelssohn et surtout Beethoven. La sonate pour violon et piano nº 9 op. 47, dite « à Kreuzer », méconnue du temps de Beethoven, était alors en pleine vogue dans la Russie des années 1880. Durant l’été 1887, à Iasnaïa Poliana, un comédien de passage raconte à Tolstoï qu’un jour, dans le train, un inconnu lui fit le récit de ses malheurs conjugaux. Tolstoï jette alors la première esquisse d’une diatribe contre le mariage portant le titre de la sonate de Beethoven. Il place le récit dans la bouche d’un déséquilibré qui finira par assassiner sa femme.

 

La rédaction de cette nouvelle dura deux ans, de 1887 à 1889. Pas moins de huit versions de La Sonate à Kreutzer se succédèrent (il existe seize manuscrits autographes et copies de la nouvelle, conservés à Moscou, au Musée Tolstoï et dans les Archives Tolstoï de la Bibliothèque Lénine). Le 28 octobre 1889, une des filles de Tolstoï emporta une copie manuscrite de La Sonate à Saint-Pétersbourg, pour en faire une lecture dans sa belle famille. La nouvelle fut recopiée plusieurs fois dans la nuit. Quelques jours après, huit cents exemplaires lithographiés circulaient dans Pétersbourg sans l’accord de l’auteur. La comtesse Tolstoï rapporte dans ses souvenirs :

 

« Il est difficile de se représenter ce qui se passa lorsque parut La Sonate à Kreutzer. Avant d’être autorisée par la censure, cette œuvre fut recopiée par centaines et par milliers d’exemplaires, passa de mains en mains, fut traduite dans toutes les langues et lue partout avec une incroyable passion. On pouvait croire parfois que le public, oubliant tous ses soucis personnels, ne vivait plus que de la littérature du comte Tolstoï. »

 

Des copies gagnèrent l’étranger avant même que la nouvelle ait reçu le droit d’être publiée en Russie. Trois éditions « pirate » parurent à Berlin en 1890. Tolstoï décida donc de faire publier sa nouvelle au plus vite. Malgré l’intervention de ses amis, la censure en interdit la publication, la jugeant immorale. Ce fut donc le tsar lui-même qui accorda l’autorisation de publier La Sonate à Kreutzer à condition qu’elle fût incluse dans les œuvres complètes. Ce fameux treizième tome ne parut qu’en juin 1891 à trois mille exemplaires. Avant sa publication en Russie, La Sonate à Kreutzer fut donc publiée, dans des traductions, dans divers pays d’Europe, notamment en Allemagne, en France et en Suisse.

 

On remarquera que le titre est Sonate de Kreuzer et non pas encore celui communément adopté par la suite de Sonate à Kreuzer.

RÉFÉRENCES : Vladimir Boutchik, Bibliographie des oeuvres littéraires russes traduites en français : Tourguénev, Dostoevski, Léon Tolstoï, Paris, Messages, 1948, n° 426 – Léon Tolstoï. Souvenirs et récits. Œuvres Complètes. Dir. de Sylvie Luneau, Paris, 1960, p. 1051 et suiv. – Michel Aucouturier, Tolstoï. Paris, 1996