PROUST, Marcel

A la Recherche du Temps perdu

Paris, Grasset, NRF, 1913-1927.

ENVOI DE PROUST À ANDRÉ BEAUNIER, L’UN DES PREMIERS À AVOIR COMPRIS SON OEUVRE ET À L’AVOIR DÉFENDUE.

 

AVEC UNE MERVEILLEUSE LETTRE AUTOGRAPHE SIGNéE DE PROUST PORTANT SUR L’ARCHITECTURE DE SON OEUVRE ET LES DIFFERENTS TITRES DE CELLE-CI

ÉDITION ORIGINALE, y compris Du Côté de chez Swann, édité par Grasset en 1913, avec la faute « GrassIet »

 

13 volumes in-8 (188 x 125m) et in-12 (185 x 114mm)

TIRAGE : tous les volumes sont imprimés sur vélin pur fil Lafuma-Navarre, hormis Du Côté de chez Swann et À l’ombre des jeunes filles en fleurs imprimés sur papier ordinaire

 

ENVOI (inédit, sur À l’ombre des jeunes filles en fleurs) :

 

À André Beaunier.

Souvenir d’un ami que la maladie seule a écarté de lui

et qui se souvient affectueusement, admirativement.

Marcel Proust

 

PIECE JOINTE : lettre autographe signée adressée à André Beaunier, après le 15 octobre 1913. 4 pages in-8  (cachet d’annulation de la BnF) :

 

Cher ami,

Est-ce que vous seriez assez gentil pour me renseigner sur un point de grammaire, et c’est fort urgent. L’ouvrage que je fais paraître s’appelle : « Du côté de chez Swann ». Mais il y a un titre général : « A la Recherche du Temps Perdu ». Et ce même titre figurera en tête des 2 volumes qui paraîtront plus tard et qui s’appelleront (c’est au moins leur titre provisoire) : Le Côté de Guermantes; et le Temps Retrouvé. A la fin de « Du Côté de chez Swann », je veux annoncer qu’il y aura encore 2 volumes. J’avais mis « A la Recherche du Temps perdu comprendra encore deux volumes qui paraîtront etc. » Mais je trouve que cela donne à « Du Côté de chez Swann » trop l’air de n’être qu’un premier volume alors que je veux lui donner l’air (un peu) d’être un tout, tout en étant une partie. Il me semble que ce seret [sic] mieux marqué, si je disais : « Du Côté de chez Swann aura une suite (au lieu de A la Recherche du Temps perdu comprendra encore 2 volumes) aura une suite qui... et c’est ici que je voudrais que vous me disiez « composée de 2 volumes qui paraîtront en 1914, le Temps retrouvé etc. » Mais quel est le mot, ce n’est pas composé qu’il faut dire. Quel terme employer ? De plus comment marquer qu’ils paraîtront séparément ? Cher ami, que vous seriez gentil de me dire cela avant que je renvoie mes épreuves, c’est-à-dire... tout de suite ! Votre reconnaissant Marcel Proust P. S. Je ne vous parle pas du merveilleux livre que vous m’avez envoyé pour ne pas mêler les choses intéressées aux beautés durables »

RELIURES VERS 1950 : dos et coins de maroquin brun, dos à nerfs, filets dorés en encadrement, plats de papier marbré, tranches supérieures dorées, non rognés, couvertures et dos conservés, quatre ff. publicitaires pour Swann et deux ff. d’errata pour Guermantes I

André Beaunier (1869-1925), écrivain et critique dramatique, soutint dès 1903 les entreprises littéraires du jeune Marcel Proust. Il fit paraître trois articles élogieux dans Le Figaro pour saluer les « belles traductions » que Proust avait faites de Ruskin. Beaunier comparait notamment la lecture de Ruskin par Proust à celle de Plutarque par Montaigne. A partir de 1909, Proust entre dans l’ébauche d’A la Recherche du temps perdu. Ses échanges épistolaires avec Beaunier et leur admiration réciproque s’intensifient. Proust alla jusqu’à prêter ses fameux « Cahiers » dits de Combray à Beaunier, afin que ce « juge sévère se rendît compte si cela pouvait paraître » (lettre du 27 avril 1910). Proust confie à Beaunier, grand connaisseur de la Grèce antique : « vos voyages et vos livres sont une consolation pour ma solitude » (20 décembre 1912).

 

Certaines lettres de leur correspondre concernent directement l’élaboration du grand roman de Proust. Notamment, cette remarquable lettre du 15 octobre 1913 que Proust envoya à Beaunier, moins d’un mois avant la parution de Du Côté de chez Swann (voir pièce jointe). Elle fut écrite durant la période de gestation, de travail intense et de corrections du dernier jeu d’épreuves du premier volume de La Recherche (Swann paraîtra en novembre). Avec une extraordinaire concision, Proust confie à André Beaunier sa préoccupation du choix des titres, et, à travers elle, celle de la construction architecturale de son œuvre. Cette lettre contient La Recherche en condensé. Elle est en quelque sorte l’aboutissement de quinze années de réflexion et le coup d’envoi d’une des plus grandes entreprises littéraires du XXe siècle. En décembre 1913, un mois après la parution de Du Côté de chez Swann, Proust révèlera à Beaunier : « J’ai refait tout le début de mon premier volume (tout ce que vous aviez lu en cahiers) pour tenir compte d’une critique de vous. Je me sens disposé à faire de même pour les autres volumes (vous voyez que je ne paraîtrai pas avant dix ans) » (lettre du 9 décembre 1913). Il avoue à Beaunier qu’il a « mis beaucoup de temps à refaire, sur [ses] indications, [son] livre » (ibid.).

RÉFÉRENCES : Dictionnaire Proust, Paris, Honoré Champion, 2004, p. 125 -- Kolb, Correspondance, XII, p. 278, pour la lettre.