BRETON, André et Paul Éluard

L’Immaculée conception

Paris, Éditions surréalistes, 1930

RARE EXEMPLAIRE SUR JAPON, BROCHÉ, NEUF, AU DOS IMPECCABLE.

LE PREMIER LIVRE ILLUSTRÉ PAR SALVADOR DALI. L’UNE DES PLUS BELLES GRAVURES DU SURRÉALISME

ÉDITION ORIGINALE

 

In-4 (260 x 200mm)

TIRAGE : l›un des 10 exemplaires sur japon nacré, signé par les deux auteurs (tirage annoncé de 9, mais il fut plus probablement de 13)

ILLUSTRATION : en frontispice, la gravure de Dali, extrêmement rare

 

BROCHÉ

Cette superbe gravure, tirée à 111 exemplaires plus 5 épreuves, est inspirée par la dernière partie du livre, “Le Jugement originel”, notamment le détail du décolleté en croix qui illustre ce passage: «Jusqu’à nouvel ordre, jusqu’au nouvel ordre monastique, c’est-à-dire jusqu’à ce que les plus belles jeunes femmes adoptent le décolleté en croix les deux branches horizontales découvrant les seins, le pied de la croix nue au bas du ventre, légèrement roussi». Pour la première fois, Dali utilise un dessin aux lignes parallèles enroulées comme des bandages produisant un effet de mouvement sans commencement ni fin.

 

Breton et Eluard se lancèrent dans l’écriture de L’Immaculée Conception afin de
« tuer le temps » : « La connaissance parfaite que nous avions l’un de l’autre nous a facilité le travail, diront-ils plus tard. Mais elle nous incita surtout à l’organiser de telle façon qu’il s’en dégageât une philosophie poétique ». Dans ce recueil en prose au titre provocateur, se trouvent réunies les deux tendances qu’incarnent Breton et Eluard au sein même du mouvement surréaliste : le premier, ardent défenseur de l’écriture automatique révolutionnaire, le second, plus incliné à une certaine transparence poétique et lyrique. Leur texte commun est animé d’un sens de l’humour certain :

 

« Elle me prête son cheval et nous voilà parvenus dans son ranch, faubourg Saint-Germain. Nous y fîmes des expériences de germination spontanée. Je m’entendais bien avec Pasteur mais sa sœur fit tout ce qu’elle pût pour me rendre la vie impossible. Je ne dormais que d’un œil. Une nuit, la soubrette s’aperçut que, très habilement, je la regardais se déshabiller. Elle cria si fort que tout le monde arriva et se jeta sur moi pour me forcer à partir

(…)

Maintenant je ne m’engagerais plus, bien que la guerre soit finie. Je couche sous les ponts des rivières sans eau hachées par la pluie, je ne plairai plus à personne, ce n’est plus moi qui suis même dans ma valise de porc, je n’ai pas faim, je n’ai pas peur : bien trop lâche pour avoir peur, trop gourmand pour manger. C’est moi qui ai dû amputer la femme du sexe de l’homme sous prétexte de chirurgie esthétique. Je suis plus fini qu’un feuilleton. Personne ne prendrait la peine de me faire de la peine. Je suis maigre comme un cep qui prend ombrage de sa seule feuille. Je suis vraiment n’importe qui, je me traîne sur les béquilles de ma fenêtre, on devrait m’abattre à coups de sifflet, on devrait me rendre l’immense service de se passer mon pied sous la table » (p. 42)

 

Par L’Immaculée conception, Breton et Éluard entendaient explorer l’inconscient et prouver que l’esprit « dressé poétiquement chez l’homme normal » pouvait « soumettre à sa volonté les principales idées délirantes ». D’où le recours évident pour l’illustration à Salvador Dali qui venait de mettre au point sa méthode paranoïa-critique à la définition restée célèbre : « méthode spontanée de connaissance irrationnelle, basée sur l’association interprétative-critique des phénomènes délirants » que l’on peut prouver « par l’intervention critique ».

 

En préface à la réédition de ce livre chez José Corti en 1991, Marguerite Bonnet écrivait :

 

« Il n’y a rien d’incompréhensible» par un retournement-détournement comparable à celui qu’effectua Isidore Ducasse dans ses Poésie II, à partir de phrases de Pascal, La Rochefoucauld, Vauvenargues, de fragments prélevés dans nombre de numéros datant de la fin du XIXe siècle de la revue La Nature, qui ont permis ici de vrais collages verbaux dans le chapitre précisément consacré au « Sentiment de la nature » (...) l’écriture vient ici se couler dans une trame très élaborée, les titres et sous-titres constituant autant de digues pour contenir et orienter la dérive automatique de la parole. Se proposant d’exposer une philosophie poétique sans avoir recours au langage conceptuel, philosophie sur laquelle tremble l’ombre des difficultés alors vécues par les auteurs, L’Immaculée Conception apparaît ainsi, au-delà de la résistance du texte à un déchiffrement trop simple, comme un ouvrage d’une extrême densité dans sa tonalité grave. »