PICASSO, Pablo

Le Désir attrapé par la queue

Paris,  1941

“AU FOND, JE CROIS QUE JE SUIS UN POÈTE QUI A MAL TOURNÉ” (Picasso)

 

PRÉCIEUX ENSEMBLE SUR L’UN DES GRANDS MOMENTS DU THÉÂTRE FRANCAIS COMPRENANT :

- DEUX ENVOIS DE PICASSO À RAYMOND QUENEAU ET SA FEMME

- L’EXEMPLAIRE ANNOTÉ PAR QUENEAU DU LIVRET DACTYLOGRAPHIÉ DISTRIBUÉ AUX ACTEURS

- LE MANUSCRIT AUTOGRAPHE D’UN ARTICLE DE QUENEAU

- LES INSTRUCTIONS DE MISE EN SCENE AUTOGRAPHES DE QUENEAU

 

UNE DES IMPORTANTES CRÉATIONS DE PICASSO PENDANT LA GUERRE

1. ÉDITION ORIGINALE

 

In-4 (315 x 237mm)

TIRAGE unique à 50 exemplaires, en reproduction photolithographique

ILLUSTRATION : autoportrait de Picasso et nombreux croquis du même reproduits dans le texte

ENVOI DE PABLO PICASSO : Pour Raymond Queneau, Hommage de l’auteur. Paris le 22 avril 1944

 

2. Le Désir attrapé par la queue. Paris, Gallimard, 1945. Collection Métamorphoses. Première édition en caractères d’imprimerie. In-12. Broché, couverture imprimée. TIRAGE : exemplaire de tête sur vélin pur fil Lafuma Navarre, celui-ci l’un des 10 hors commerce marqué «f».

ENVOI DE PABLO PICASSO : Hommage pour Janine Queneau, de l’auteur. Paris, 17.3.45

 

3. Livret dactylographié de la pièce (48 feuillets in-12 sur papier pelure, broché, couverture avec titre manuscrit), avec quelques corrections autographes de Raymond Queneau. Il fut distribué aux lecteurs et constitue, en quelque sorte, une édition pré-originale du texte

 

4. Une Belle Surprise. Brouillon autographe signé «Raymond Queneau» de l’article relatif à la pièce publié dans les Cahiers d’art (n°1 1940-1944, p. 163). 8 feuillets (7 ff. petit-in-4 et 1 f. in-folio au verso duquel figure un extrait d’un texte non identifié d’une autre main). Le texte comporte de nombreuses corrections et quelques variantes par rapport à la version publiée. Ce manuscrit, rédigé en 1944 juste après la fameuse séance de lecture de la pièce (et publié en 1945), établit les liens entre Picasso peintre et Picasso dramaturge où voisinent, sans complexes, thématique amoureuse, art culinaire et art pictural. Queneau remarquera les rares références directes à la peinture avec une allusion aux Demoiselles d’Avignon « qui ont déjà trente-trois longues années de rente (1941-33 = 1908) », ainsi que l’utilisation d’un langage appartenant aux champs sémantiques de la peinture et de la sculpture.

 

5. Très précieuses instructions de mise en scène : un feuillet in-folio de notes autographes de Raymond Queneau relatives au premier acte de la pièce, réparties sur quatre colonnes. On trouve des renvois à certains passages, notamment “Les Demoiselles d’Avignon”, p. 36. (Au verso: texte non identifié, d’une autre main). Queneau étudie la dramaturgie du premier acte, soit l’enchainement des répliques et les relations des personnages.

 

6. Un feuillet in-4 noirci d’équations au verso d’un feuillet dactylographié (fragment de l’article des Cahiers d’art cité ci-dessus comportant quelques corrections autographes).

Picasso rédigea Le Désir attrapé par la queue en janvier 1941, en seulement quatre jours, pendant le premier hiver de l’occupation allemande. Cette pièce, la première et la meilleure des deux qu’il écrira (la seconde étant Les Quatre petites filles), met en scène plusieurs personnages, dans l’esprit d’Ubu Roi, qui palabrent sous la table d’un hôtel. Tous ces convives ne sont occupés que par trois choses : la faim, le froid et l’amour. Longtemps avant d’être joué, Le Désir attrapé par la queue fut lu, le 19 mars 1944, chez les Leiris, Albert Camus oeuvrant comme maître de cérémonie, et Picasso se contentant d’être spectateur. La distribution des personnages et l’auditoire rassemblait tout ce que Paris comptait d’individus à la mode : Le Gros Pied : Michel Leiris, L’Oignon : Raymond Queneau, Sa Cousine : Simone de Beauvoir, Le Bout rond : Jean-Paul Sartre, Les Deux Toutous : Louise Leiris, L’Angoisse grasse : Dora Maar, L’Angoisse maigre : Germaine Hugnet. Le public était composé de Jacques Lacan, Cécile Éluard, Jean-Louis Barrault, Georges et Sylvia Bataille, Georges Braque, Maria Casarès, Valentine Hugo, Henri Michaux, Pierre Reverdy, et Claude Simon. Cette pièce légère à l’esprit potache fut donc l’occasion d’un moment de fête en pleine guerre. Trois mois plus tard, le 16 juin 1944, Picasso réunit à nouveau ces amis chez lui, rue des Grands-Augustins, et demanda à Brassaï de les immortaliser par une photographie restée célèbre. Picasso ressentira une réelle fierté quand son texte sera publié en 1945 : « au fond je crois que je suis un poète qui a mal tourné ».

RÉFÉRENCES : Jean-Pierre Longre, Raymond Queneau en scènes, Limoges, 2005 – Picasso, Propos sur l’art, Gallimard, coll. « Art et artistes », 1998, p.12-13 et notes 16 à 19 p.178