SABBATTINI, Nicola

Pratica di Fabricar Scene, e Machine ne' Teatri

Ravenne, Pietro de Paoli et Gio. Battista Giovannelli, 1638 [mais 1637].

OUVRAGE CAPITAL DANS LA NAISSANCE DE LA MISE EN SCÈNE MODERNE. LA PLACE DE L'ORCHESTRE EST POUR LA PREMIÈRE FOIS DÉFINIE ET LA MÉCANIQUE DES DÉCORS PERFECTIONNÉE. 

 

"UN CODE PRATIQUE DE L'ILLUSION" (Louis Jouvet).

 

BEL EXEMPLAIRE RELIÉ EN VÉLIN DE L'ÉPOQUE

PREMIÈRE ÉDITION COMPLÈTE. La première partie fut publiée séparément à Pesaro en 1637, la seconde partie est publiée ici, à Ravenne, en édition originale. C'est pourquoi cette édition porte deux dates différentes sur la page de titre et au colophon

 

In-4 (257 x 182mm). Armes du Cardinal Onorato Visconti, dédicataire de l'ouvrage, gravées sur bois et imprimées sur la page de titre. Bandeaux et initiales gravés sur bois

COLLATION : a6 A-X4 : 90 feuillets

 

RELIURE DE L'ÉPOQUE. Vélin souple, tranches rouges

Traces d'encre sur la reliure, pâle mouillure en haut de la page de titre, feuillet D2-3 légèrement bruni

Nicola Sabbattini (1548-1631) travailla au service du duc d'Urbin puis du cardinal Grimaldi. Il modifia à Pesaro, sa ville natale, le Teatro del Sole et l'équipa de machines de scène. Il établit, par ce traité novateur, les règles d’une nouvelle dramaturgie. La notion de "décor" remplace celle de "décorations". Les mises en scènes pour le théâtre et pour l’opéra deviendront toujours plus spectaculaires, faisant appel à des machineries de plus en plus complexes et ingénieuses. Le Pratica di Fabricar Scene, e Machine ne' Teatri est le premier traité de scénographie moderne. Il propagea des techniques et révéla les secrets des effets spectaculaires utilisés pour créer le sensationnel, comme l'indique le titre de chapitres :  

 

Come si possa fare, che tutta la scena in uno instante si oscuri [Comment on peut obtenir que toute la scène s'obscurcisse en un instant], Come si facciano le navi, le galere, o gli altri legni sopra il mare a vela, o a remi, per dritto, e poi rivoltargli, e ritornare indietro [Comment faire que des navires, galères ou tous autres bâtiments à voiles ou à rames avancent sur la mer vers les spectateurs et puis virent et s'en retournent en arrière], Terzo modo di rappresentare il mare [Troisième façon de représenter la mer], Come si possa fare calare una nuvola sopra il palco dal cielo per dritto con persone dentro [Comment faire qu'un nuage descende droit du ciel sur la scène, avec des personnes dedans] etc. 

 

Le traité de Sabbattini aborde un problème récemment posé par l'évolution du théâtre : où placer l'orchestre dans un théâtre à l'heure où celui-ci devient opéra ? L'orchestre était jusqu’à présent situé sur la scène, dans la lignée des chœurs antiques. Il n'était souvent composé que des acteurs jouant eux-mêmes d'un instrument. Avec la création des premiers opéras, principalement ceux de Monteverdi, la scène ne peut désormais plus contenir des orchestres entiers au risque de rompre l'équilibre entre musique et jeu des acteurs. L’Orfeo, créé à Mantoue en 1607, réclamait plus de quarante instruments de musique. Certains très encombrants devaient cohabiter avec les machines de scène indispensables pour un double changement de décor (Arcadie, Enfer, Arcadie). Les musiciens et les instruments formaient donc un obstacle aux mouvements et aux déplacements dans l’arrière-scène. Il fallait que ces musiciens deviennent invisibles au public pour ne pas perturber l'action elle-même. Plusieurs solutions furent envisagées, comme celle de placer l'orchestre sur une haute estrade, cachée derrière une cloison de bois, au fond de la scène. Mais le son était étouffé. Sabbattini imagina une solution géniale : placer l’orchestre sous l’avant-scène (Livre I, chapitre 36, p. 57, Como si debbano accomodare i musici). Cette nouvelle disposition prévalut aussitôt.  

 

Le traité de Nicola Sabbattini, Pratica di Fabricar Scene, e Machine publié en Italie en 1637-38, fut traduit en français, favorisant la dissémination en France des techniques les plus récentes. Quelques siècles plus tard, Louis Jouvet écrivit, dans la préface de l'édition française de 1942 que, grâce à Sabbattini, il avait "découvert un traité de la machinerie, une psychologie du machiniste, un manuel de décorateur et du peintre, une stratégie du spectacle et un code pratique de l'illusion".